Lundi 17 décembre 2018

centre d’art

Cicatrices irlandaises

L'ŒIL

Le 1 juin 2000 - 237 mots

Chaque année, la galerie Le Lieu organise en sa bonne ville de Lorient un mini-festival de photographie, révélateur de talents peu ou prou exposés ailleurs. Ainsi l’édition 2000 présente-t-elle trois auteurs irlandais venus témoigner en images d’un pays mal remis d’un passé de déchirements et de violences inter-communautaires. Les travaux de John Duncan, David Farrell et Paul Quinn peuvent paraître assez éloignés de la guerre civile qui a frappé les comtés du nord durant des dizaines d’années : on ne verra pas dans leurs images ces scènes de combats de rues signées naguère par des baroudeurs comme Don McCullin. Leurs images sont d’un autre temps, celui de la paix revenue, avec l’empreinte de ses cicatrices, sur les murs des quartiers frontaliers entre catholiques et protestants, comme sur la peau des victimes d’attentats ou de règlements de comptes. Ces photos, traitées avec le réalisme de la couleur, parlent du silence retombé sur des maisons vides et des allées désertées que demain l’on s’efforcera d’oublier quand viendra le moment de recouvrir la mémoire des murs par les chapes de béton des supermarchés et des villes nouvelles. Située dans un entre-deux époques en mal de définition, la démarche de ces trois photographes est sans doute moins glorieuse, moins spectaculaire que celle entreprise par d’autres sous les feux d’une actualité brûlante. Elle est pourtant source d’émotion, lueur mélancolique et désenchantée.

LORIENT, galerie Le Lieu, Maison de la Mer, jusqu’au 18 juin.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°517 du 1 juin 2000, avec le titre suivant : Cicatrices irlandaises

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