Mercredi 21 février 2018

Christiana tempora

L’essor de la chrétienté à Arles

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 7 février 2008

Reconnu par l’Empire en 313, le christianisme devient, en 392, la seule religion officiellement admise en Occident et, en trois siècles, gagne peu à peu toutes les strates de la société. À partir des reliques de saint Césaire – évêque d’Arles de 502 à 542 –, restaurées pour l’occasion, et au travers d’œuvres d’art et d’objets de la vie quotidienne, le Musée de l’Arles antique retrace la naissance de la chrétienté dans le sud-est de la Gaule. Un parcours concis et intelligent, qui nous permet de mieux cerner cette période de transition entre l’Antiquité et le Moyen Âge.

ARLES - Évêque, administrateur, prêcheur et théologien, Césaire d’Arles a gouverné son diocèse pendant près de quarante ans, exerçant une véritable autorité sur l’Église des Gaules. Les deux pallia (petites étoles de laine blanche symbolisant le pouvoir politique et religieux), l’un à “l’enveloppe hispano-mauresque” et l’autre “aux lièvres”, ainsi que la tunique de laine brune que portait Césaire à sa mort, ont été restaurées par Anatasia Ozoline, du Musée d’art et d’industrie de Roubaix. Avec les sandales de cuir et la boucle d’ivoire que le Musée de l’Arles antique possédait déjà, cette série de reliques, l’une des plus complètes en Occident, a été le point de départ d’une exposition sur la naissance de la chrétienté en Provence. “Nous avons voulu montrer comment, entre le début du IVe et la fin du VIe siècle, la Provence change totalement d’univers”, explique Jean Guyon, directeur de recherches au CNRS. “En nous attachant ainsi à la naissance d’une chrétienté, ce n’est pourtant pas la seule histoire religieuse que nous avons eue à l’esprit. Le phénomène de la christianisation nous a surtout intéressés en effet parce qu’il constitue un ‘marqueur’ privilégié, comme disent les biologistes, pour mesurer les mutations décisives d’une période – l’Antiquité tardive – qui reste encore trop méconnue du grand public.” Chronologique, le parcours s’articule autour de cinq grandes sections, que séparent des cimaises de couleurs vives. Des pièces comme le plat en argent décoré d’une scène de l’Iliade ou l’autel du mithraeum (lieu de culte dévolu à Mithra), évoquent le monde païen au début du IVe siècle tandis que les premières traces matérielles de l’ère chrétienne – des bagues ou des monnaies sur lesquelles est gravé le chrisme – font leur apparition. Le Sarcophage du sacrifice d’Isaac (fin du Ve siècle), décoré des scènes du Christ remettant la Loi aux Apôtres, du sacrifice d’Abraham et de la Guérison de l’Aveugle-né, illustre la rapide floraison d’un décor chrétien sur les sarcophages, même si les emprunts à l’art funéraire ancien sont encore nombreux. Le Sarcophage aux Centaures de Flavius Memorius, présente l’originalité d’être une œuvre païenne du IIe siècle, remployée au IVe siècle : au décor issu du répertoire mythologique a été ajoutée une inscription relatant la foi du défunt.

“Piloter le navire de l’Église”
Apparaît ensuite la figure de l’évêque : Césaire d’Arles, mais aussi Honorat de Marseille ou Hilaire d’Arles. “Véritables pilotes placés par le seigneur pour guider le navire de l’Église”, selon les propres mots de Césaire, les grands prélats provençaux du IVe au VIe siècle sont à la fois enseignants, organisateurs de la mission, défenseurs de la foi ou encore administrateurs des églises. Deux sarcophages épiscopaux sont présentés : celui de Concordius (fin IVe siècle), sur lequel est gravé le Christ trônant au milieu du concile des Apôtres, conservé dans son intégralité, et le couvercle de la tombe d’Hilaire. Les éloges funèbres en vers de leurs épitaphes témoignent de l’importance des évêques, vénérés à leur mort comme de véritables saints : “Chaste et pieux, pur par sa vie comme par son corps, Concordius, déposé ici, est vivant pour l’éternité”, “Hilaire, prêtre de la loi divine, repose ici”.

Les Ve et VIe siècles marquent une étape décisive pour le christianisme, ce qu’Augustin d’Hippone appelait les christiana tempora, les temps chrétiens. Tous les chefs-lieux ont désormais un évêque à leur tête. Signe distinctif de l’avancée de la religion, même les objets de la vie quotidienne portent un décor chrétien. Sur les extrémités dentelées d’une simple spatule figurent ainsi un chrisme, sigle que l’on retrouve fréquemment dans la céramique, avec d’autres images comme la palme (symbole des martyrs), la croix, la colombe (l’âme du défunt) ou le cerf (celui qui aspire au baptême).

Enfin, le reliquaire de saint Césaire d’Arles (1429), composé de deux panneaux de bois creusés d’alvéoles vitrées contenant des reliques, ainsi que le reliquaire néo-gothique comprenant des ossements de saint Césaire (XIXe siècle), montrent comment les souvenirs des saints évêques arlésiens ou des martyrs locaux se sont prolongés dans le Moyen Âge et au-delà. L’histoire se poursuit hors les murs puisque les églises Saint-Blaise et Saint-Jean de Moustiers à Arles (XIe siècle) sont exceptionnellement ouvertes au public le temps de l’exposition.

- D’UN MONDE À L’AUTRE – NAISSANCE DE LA CHRÉTIENTÉ EN PROVENCE, jusqu’au 6 janvier, Musée de l’Arles antique, Presqu’île-du-Cirque-romain, 13000 Arles, tél. 04 90 18 88 88, tlj sauf jours fériés, 9h-19h et 18h à partir du 2 novembre, catalogue 243 p., 180 F.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°134 du 12 octobre 2001, avec le titre suivant : Christiana tempora

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