Dimanche 29 novembre 2020

Tri postal, Lille (59) - Jusqu’au 16 janvier 2011

Charles Saatchi, une collection bien à soie

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 15 novembre 2010 - 397 mots

Dans le cadre d’une programmation visant à montrer de grandes collections internationales d’art contemporain, et après avoir présenté en 2008 celle de François Pinault, le Tri postal accueille cet hiver une soixantaine d’œuvres du célèbre collectionneur anglais Charles Saatchi.

À la suite de différentes expositions que ce dernier a organisées chez lui à Londres autour des scènes chinoise, indienne et moyen-orientale, l’idée des responsables de l’institution lilloise – Didier Fusillier qui en est le directeur général et Caroline David, la directrice des arts visuels – a été de réunir en un seul et même tout une soixantaine de pièces issues de ces trois territoires. 

Si le titre de l’exposition, « La route de la soie », fait référence au pont jadis établi entre l’Asie et l’Europe et au réseau d’échanges qui en est résulté, celle-ci témoigne surtout de la vivacité artistique de cette partie du monde, sinon des artistes qui en sont originaires. Par-delà toute approche thématique, elle rassemble tout un lot de très fortes personnalités dont le point commun est de composer avec leur culture en quête d’une esthétique qui leur soit propre. Tous ou presque témoignent d’une même attention aux problèmes de société qui sont la résultante de la mondialisation, plaçant la figure humaine au cœur de leurs préoccupations et cultivant selon le cas la critique, l’ironie ou l’humour. 

Avec un effectif composé à part quasi égale d’hommes et de femmes, l’exposition du Tri postal dépasse toute considération de collection privée pour offrir à voir comme un florilège de cet art oriental et extrême-oriental qui s’impose de plus en plus en Occident. Elle vaut surtout par la mise en jeu d’iconographies qui force notre regard à penser l’art à travers des canons autres que les nôtres, quand bien même elle en appelle ici et là à certains clichés qui nous sont familiers. Les vieillards grabataires sur fauteuils autoroulants des Chinois Sun Yuan et Peng Yu, la ville miniature du Palestinien Wafa Hourani, les poupées prostituées de l’Iranienne Shirin Fakhim, les sculptures d’ouvriers englués dans le goudron de l’Indienne Kriti Arora sont autant de propositions parmi d’autres qui ne peuvent pas nous laisser indemnes. Quelque chose d’une poignante humanité est à l’œuvre dans cet art venu de l’est, et qui manque trop souvent chez nous.

Voir

« La route de la soie/The Silk Road », Tri postal, avenue Willy-Brandt, Eurallille (59), www.lille3000.com, jusqu’au 16 janvier 2011.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°630 du 1 décembre 2010, avec le titre suivant : Charles Saatchi, une collection bien à soie

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