Samedi 24 février 2018

Patrimoine

Chanteloup revit à Tours

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 30 juillet 2007

Le Musée des beaux-arts dévoile le passé du prestigieux domaine du duc de Choiseul dont il ne subsiste que la pagode.

TOURS - De Chanteloup, il ne reste aujourd’hui que son étonnante pagode néoclassico-chinoise (1778), dressée au droit de la grande pièce d’eau qui s’assèche chaque année un peu plus depuis le démontage de son réseau hydraulique. Pourtant, le domaine fut, au XVIIIe siècle, l’un des plus célèbres de la région d’Amboise, pour son architecture, mais aussi son jardin et ses collections artistiques. Propriété du duc de Choiseul à partir de 1761, Chanteloup devient, en effet, un brillant centre intellectuel, évoqué dans de nombreux témoignages littéraires, notamment entre 1771 et 1744, période du bannissement de la cour de l’ancien ministre de la guerre. Plusieurs documents – présents dans l’exposition de Tours – attestent ainsi des ambitions de Choiseul, et notamment d’un « grand dessein », mené avec l’aide de son architecte attitré, Louis-Denis Le Camus, destiné à donner une ampleur nouvelle au château. L’assignation à résidence entraînera toutefois le renoncement à certains projets, dont la construction d’un théâtre à l’italienne connu par un dessin anonyme (Bibliothèque nationale de France), au profit d’une recherche de confort. Suite à sa mort sans héritiers en 1785, le domaine de Choiseul devient la propriété du duc de Penthièvre puis, après les saisies révolutionnaires qui permettront l’entrée de nombreuses pièces dans les collections du Musée des beaux-arts de Tours, du physicien Chaptal. Ruiné celui-ci doit s’en séparer. Il vend la pagode en 1822 au duc d’Orléans, mais le reste, qui ne trouve pas preneur, est livré aux démolisseurs.
Pour la première fois, le Musée des beaux-arts de Tours consacre une exposition à la restitution de l’image de ce domaine. « Il s’agit d’un projet d’exposition qui a hanté des générations de conservateurs », commente Véronique Moreau, son commissaire. Plusieurs documents, qui détaillent, par exemple, la création du jardin anglo-chinois, ont pu être prêtés par les héritiers de la famille André, propriétaire de la pagode. La richesse des collections d’œuvres d’art du château est également évoquée. Prédécesseur de Choiseul, Jean Bouteroue d’Aubigny avait commandé en 1714 un important décor à Henri de Favanne (1668-1752), artiste aujourd’hui méconnu malgré son talent de coloriste. Si les peintures exécutées pour la galerie ont malheureusement disparu sans laisser de traces, celles de la chapelle avaient été conservées par Choiseul. Les collections de ce dernier, connues par des gravures, étaient constituées d’œuvres de Giovanni Paolo Panini et d’Hubert Robert, aujourd’hui dispersées et parfois non localisées. Chanteloup était enfin réputé pour son mobilier, notamment au temps du duc de Penthièvre, et identifiable grâce à son monogramme. Plusieurs pièces majeures, un confident ayant conservé ses garnitures d’origine et prêté par le Getty Museum de Los Angeles, ont été réunies. Présentées sur une estrade, leur mise en scène évoque la grande vente du contenu du château. Si l’on peut regretter l’absence des boiseries, propriété du Metropolitan Museum of Art de New York, et de la tabatière décorée par Louis-Nicolas Van Blarenberghe (1716-1794) qui figure le grand projet de Choiseul (détenue dans une collection privée américaine), cette minutieuse enquête suffit à faire revivre Chanteloup. La sobre et efficace reconstitution virtuelle y participe par ailleurs activement.

Chanteloup

- Commissaire : Véronique Moreau, conservateur au Musée des beaux-arts de Tours - Reconstitution virtuelle : Hubert Naudeix, pour l’Agence Aristeas, Arles - Scénographie : A.U.M. - Nombre de salles : 7

CHANTELOUP, UN MOMENT DE GRÂCE AUTOUR DU DUC DE CHOISEUL

Jusqu’au 8 juillet, Musée des beaux-arts, 18, place François Sicard, 37000 Tours, tél. 02 47 05 68 73, tlj sf mardi, 9h-12h45 14h-18h. Catalogue, éd. Somogy, 372 pages, 40 euros, ISBN 978-2-7572-0059-9.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°258 du 27 avril 2007, avec le titre suivant : Chanteloup revit à Tours

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