Jeudi 13 décembre 2018

Chambre avec vue

Bruno Serralongue expose ses photos au CCC de Tours

Par Philippe Régnier · Le Journal des Arts

Le 27 avril 2001 - 494 mots

Après Allan Sekula, le Centre de création contemporaine (CCC) de Tours consacre une nouvelle exposition à un photographe proche en apparence du photojournalisme. Du Chiapas au Las Vegas version Johnny Hallyday, Bruno Serralongue pose sa chambre en marge de l’événement.

TOURS - “Je pense qu’il y a très peu de photographies qui soient produites dans le monde sans avoir été au préalable l’objet d’une commande. Il n’y a peut-être que les photographies artistiques et familiales qui échappent habituellement à cette idée de commande. Mais sinon, qu’il s’agisse de reportage, de documentaire, de photographie médicale, d’architecture, etc., il y a toujours une commande à l’origine de la photographie.” Cette analyse de Bruno Serralongue, recueillie par Pascal Beausse (Blocnotes, n° 16, hiver 1999), l’artiste semble justement la déjouer dans sa production d’images. Le jeune photographe se rend ainsi régulièrement avec sa chambre sur le lieu d’événements médiatisés aussi variés que le théâtre sur lequel se sont produits des faits divers, le Las Vegas du concert de Johnny Hallyday ou le Chiapas des rencontres internationales contre le néolibéralisme organisées par le sous-commandant Marcos. Les photographies que Bruno Serralongue ramène de ses expéditions, des cibachromes de grand format, s’infiltrent ainsi dans un entre-deux théorique, ni totalement photos de reportage, ni non plus souvenirs de vacances. Liée à l’actualité sans la documenter, l’image réussit à s’affranchir de la fonction dans laquelle on voudrait l’enfermer pour atteindre une autonomie aussi bien sur le fond que dans la forme. Certaines d’entre elles n’hésitent d’ailleurs pas à jouer justement sur un trompe-l’œil, sur ce que l’on croit voir sans pourtant être représenté, absences que Serralongue sait parfaitement orchestrer. Sortie de son contexte, l’image touche alors à l’icône, gagne une dimension générique, voire universelle, suivant un chemin maintes fois emprunté dans l’histoire de la peinture ancienne. Delacroix s’est par exemple inspiré pour l’emblématique jeune femme à la gorge déployée de la Liberté guidant le peuple des protagonistes de la révolution bourgeoise de 1830.

Toute proportion gardée, la nouvelle dimension que prend la représentation chez Serralongue s’appuie à la fois sur la qualité de la prise de vue – les photographies sont prises à la chambre et non avec le classique 24 x 36 –, sur un tirage exemplaire et sur un format qui n’a rien de commun avec la photographie de presse. L’œuvre se trouve alors “recontextualisée” à l’intérieur d’un autre genre – la photographie plasticienne, comme l’on dit aujourd’hui – dont le travail de Serralongue emploie le vocabulaire à défaut d’en parler forcément la langue. L’autonomie qui ne cesse de sous-tendre cette démarche, se vérifie alors à un autre niveau. Nous ne sommes assurément pas en présence de photographies de famille, et Serralongue n’a pas non plus ici répondu à des commandes : nous avons donc affaire, pour reprendre les propos précédemment cités de l’auteur, à une photographie artistique. CQFD.

- BRUNO SERRALONGUE, “DERNIERS SOUVENIRS�?, jusqu’au 3 juin, CCC, 55 rue Marcel-Tribut, 37000 Tours, tél. 02 47 66 50 00, mer.-dim. 15h-19h

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°126 du 27 avril 2001, avec le titre suivant : Chambre avec vue

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