Lundi 10 décembre 2018

Cent ans de solitude

Oscar Wilde à l’honneur dans les musées britanniques

Le Journal des Arts

Le 25 août 2000 - 712 mots

Aucun musée irlandais, pourtant son pays d’origine, ne commémore le centenaire de la mort d’Oscar Wilde, écrivain mais aussi critique d’art et actif promoteur des arts décoratifs. Ce sont les institutions britanniques qui s’y collent...

LONDRES - Passionné par les arts décoratifs et la décoration dès l’époque de ses études à Oxford où son appartement était célèbre, Oscar Wilde (1854-1900) observait : “il m’est de plus en plus difficile d’être à la hauteur de ma porcelaine bleue”, et à la fin de sa vie, sur son lit de mort dans un hôtel parisien, il constatait : “Mon papier peint et moi sommes engagés dans un duel à mort. L’un de nous deux doit disparaître.” L’écrivain, nourri des textes de John Ruskin, Walter Pater et William Morris s’est érigé en promoteur des goûts et du style de ce qui plus tard devait être baptisé le “Mouvement esthétique”. C’est ce rôle, ainsi que les manifestations de cette mode dans les intérieurs de la classe moyenne, qu’illustre l’exposition du Geffrye Museum. Au lieu de se concentrer sur les artistes, les créateurs ou les commanditaires, elle s’attache à montrer l’influence d’Oscar Wilde et du Mouvement esthétique sur le goût populaire. Parallèlement au développement des manuels d’ameublement et de décoration, la notoriété de l’écrivain contribua fortement à la diffusion de ce style : porcelaine bleue et blanche, vitraux, plumes de paon, paravents laqués, gravures et éventails japonais, meubles en bois noirci, cheminées raffinées en carreaux de céramique, lambris et frises décorés de papiers peints de William Morris de couleur or, vert olive et bleu paon. Sa maison de Tite Street à Chelsea, conçue par Edward Godwin, a marqué l’apogée du mouvement mais son contenu a été dispersé à la suite du procès qui le ruina. L’exposition présente des œuvres de designers, artistes et architectes reconnus par Oscar Wilde : céramique et mobilier d’art, papiers peints et textiles fabriqués entre autres par Morris & Co et vendus chez Shoolbred, Whiteley et Liberty. Elle illustre aussi l’influence dans le domaine de la décoration de Whistler, Rossetti, Godwin et Christopher Dresser ainsi que celle du Moyen-Orient et de l’Orient, surtout japonais.

Penseur “progressiste”
À l’automne, la Barbican Art Gallery analysera l’interaction entre le langage du poète, écrivain, dramaturge, critique d’art, journaliste et penseur “progressiste”, et l’art et la culture de son époque. Deux cents peintures, dessins, sculptures et photographies de plus de quarante artistes ont été sélectionnés pour leurs liens avec l’esthétique d’Oscar Wilde et seront présentés chronologiquement. L’article qu’il a rédigé en 1877 pour défendre Burne-Jones, Whistler, Watts, George Richmond et Albert Moore débutera le parcours et introduira le travail de ces artistes d’avant-garde. Avec des illustrations pour ses livres réalisées par Charles Ricketts et Audrey Beardsley et des peintures de Charles Conder et William Rothenstein, la section intitulée “The Wilde nineties” illustrera l’ascension puis la chute de l’écrivain dans les années 1890, et ses relations avec les milieux artistiques et littéraires des deux côtés de la Manche. Après son emprisonnement, les années de De Profundis et de La Ballade de la geôle de Reading et la fin de sa vie seront l’occasion de montrer son influence sur l’art du XXe siècle, et notamment sur la carrière de ses jeunes amis et associés, comme William Rothenstein, Jacob Epstein et Augustus John. Enfin, la British Library présentera cet automne, à partir de son fonds d’archives Wilde, des lettres, des photographies, des manuscrits, des affiches et des programmes de théâtre, des premières éditions ainsi que des bandes-son. Une attention particulière sera portée aux différentes phases de la rédaction, de la publication et à l’accueil d’œuvres telles que Le Portrait de Dorian Gray, Salomé ou De l’importance d’être Constant, ainsi qu’à l’impressionnant manuscrit de De Profundis.

- LA MAISON BELLE : Oscar Wilde et l’intérieur esthétique, jusqu’au 21 janvier, Geffrye Museum, Kingsland Road, Londres, tlj sauf lundi 10h-17h, dimanche 12h-17h, tél. 44 20 7739 9893.
- Les années Wilde : Oscar Wilde et son époque, du 5 octobre au 14 janvier 2001, Barbican Art Gallery, Barbican Centre, Silk Street, Londres, tlj 10h-18h45, mardi 10h-17h45, mercredi 10h-19h45, dimanche 12h-18h45, tél. 44 20 7638 8891, www.barbican.org.uk.
- OSCAR WILDE : L’EXPOSITION DU CENTENAIRE, novembre-janvier 2001, British Library, 96 Euston Road, Londres, tlj 9h30-18h, mardi 9h30-20h, samedi 9h30-17h, dimanche 11h-17h, tél. 44 20 7412 7000, www.bl.uk.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°109 du 25 août 2000, avec le titre suivant : Cent ans de solitude

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