Jeudi 13 décembre 2018

Catherine Trautmann, ministre de la Culture et de la Communication

Le Journal des Arts

Le 3 janvier 1998 - 534 mots

Sans doute avons-nous du mal à toujours bien apprécier les bouleversements introduits à chacun des moments de rupture dans l’histoire de l’art. D’où l’étonnement devant la vigueur des affrontements autour de l’art contemporain et de la vision dérangeante du réel qu’il propose. Ces affrontements sont-ils plus radicaux qu’à d’autres moments de notre histoire ? Je laisse aux spécialistes le soin de nous le dire.

Je considère pour ma part que l’essentiel n’est probablement pas là. Il serait plus grave pour l’activité artistique dans notre pays que le dédain et, pire encore, l’ignorance se substituent lentement à la controverse et au débat.

Les arts ont, depuis toujours, grandement contribué au rayonnement de notre pays. Je suis profondément convaincue qu’une des missions principales du Ministère de la Culture est de définir les politiques les mieux à même de favoriser la création et de redonner à notre pays la place qu’il doit avoir sur la scène artistique internationale.

Notre patrimoine est un atout important dans cette démarche. Sa richesse et sa diversité ne sont guère contestées. Mais nous aurions grand tort d’oublier qu’une partie du patrimoine de demain, c’est la création d’aujourd’hui. Celle-ci n’aurait pas la fécondité et la richesse nécessaires pour cela ? Je ne le pense pas. Je rencontre dans toute la France de jeunes artistes débordant d’énergie créatrice. Il n’est pas question d’opposer, comme on a parfois tendance à le faire, patrimoine et création. L’un et l’autre sont indispensables à la politique culturelle telle que je la conçois.

Je suis frappée par la place majeure que d’autres pays accordent à l’art contemporain. Non pas qu’il y soit objet d’un plus large consensus : les débats y sont tout aussi vifs. Mais on s’y efforce de le mettre en valeur et, d’abord, de le sortir de la marginalité et de la confidentialité.

Je souhaite que nous nous engagions dans la même voie. C’est affaire de démocratie : il ne me paraît pas acceptable que l’art et les débats sur l’art demeurent l’apanage de quelques-uns. Il nous faut construire davantage de passerelles entre les artistes, les œuvres et les gens.

En diversifiant leurs acquisitions et leurs manifestations, les musées peuvent et doivent y contribuer. Le large public qui les fréquente (aussi nombreux dans les musées que dans les stades, ne l’oublions pas) a le droit d’y rencontrer la création contemporaine en même temps que les œuvres du passé, peut-être pour mieux comprendre filiations et ruptures. Là encore, je n’oppose pas les musées et les lieux spécifiquement consacrés à l’art contemporain (Centres d’Art, FRAC) : il nous faut les mettre en synergie. La création a impérativement besoin d’être diffusée parce que l’art apporte à toute vie une dimension autre.

Je crois beaucoup à l’éducation artistique. L’intérêt pour les arts, la curiosité, le goût, l’ouverture à ce qui au premier abord dérange : autant de choses que les réflexions actuelles sur l’éducation ne doivent pas négliger. D’où la politique que je m’efforce d’impulser pour l’enseignement artistique à l’École et pour les Écoles d’Art. Avec un souci premier : faire en sorte que toutes ces structures contribuent à élargir et à démocratiser le public de l’art dans notre pays, dans la diversité de ses formes et de son expression.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°51 du 3 janvier 1998, avec le titre suivant : Catherine Trautmann, ministre de la Culture et de la Communication

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