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Casse-tête vénitien

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 4 novembre 2005 - 580 mots

Le Musée des beaux-arts de Tours mène une enquête passionnante pour reconstituer un polyptyque de Lorenzo Veneziano, maître du « trecento ».

TOURS - En 1963, le peintre et collectionneur Octave Linet lègue à la Ville de Tours une série de sculptures et tableaux, parmi lesquels une vingtaine de primitifs italiens, faisant du Musée des beaux-arts de la ville l’un des plus riches de France en ce domaine. Après une première exposition sur cet ensemble, en 1996, qui permit notamment de préciser certaines attributions, le musée se penche aujourd’hui sur le tableau « le plus important de la collection », selon Michel Laclotte, président-directeur honoraire du Musée du Louvre à Paris : le Couronnement de la Vierge de Lorenzo Veneziano (actif de 1353 à 1379). L’œuvre, propre au style de Lorenzo, qui renouvela le gothique vénitien par sa palette claire et nuancée, est issue du retable que l’artiste réalisa pour l’église augustinienne San Giacomo Maggiore de Bologne. Achevé en 1368, ce polyptyque, l’un des plus grandioses de la ville, fut malheureusement démembré en 1636. Autour du Couronnement de la Vierge, les historiens Andrea De Marchi, Cristina Guarnieri et l’équipe du musée de Tours ont pu réunir tous les tableaux connus provenant du retable bolonais : deux fragments du compartiment latéral du polyptyque, Saint Barthélemy et Saint Antoine abbé, prêtés par la Pinacothèque de Bologne, un élément de la prédelle, Le Mariage de la Vierge, en provenance directe de Philadelphie, et un Saint Léonard, conservé à Syracuse, qui ferait partie du registre supérieur de l’œuvre. Sans oublier Les Anges musiciens qui surmontaient le Couronnement, acquis par le Musée des beaux-arts de Tours en 1998, et la Crucifixion, issue elle aussi du legs Linet, probable pinacle central de l’œuvre. Présentée sur les cimaises, la reconstitution du polyptyque proposé par Andrea De Marchi et Cristina Guarnieri permet au visiteur de suivre le passionnant et difficile travail des chercheurs toujours en quête d’informations complémentaires sur cette œuvre. L’ensemble est enrichi par quelques peintures du maître et prédécesseur de Lorenzo, Paolo Veneziano (connu de 1333 à 1358, mort après 1362), tels la tendre Vierge à l’Enfant ou encore les huit fragments d’un polyptyque réalisé dans son atelier. L’exposition présente aussi le Couronnement de la Vierge de Lorenzo appartenant au Musée du Louvre. Dans un meilleur état de conservation que celui de Tours, il permet de mesurer toute la délicatesse de son style, notamment le soin apporté aux motifs des vêtements, réalisés à la feuille d’or. Acquis deux jours seulement avant le début de l’exposition par la Ville de Tours, le petit panneau Les Funérailles de saint Jean-Baptiste signé de Lorenzo a pu faire partie
in extremis de l’aventure !

Énigme médiévale
Le dernier espace est consacré aux analyses scientifiques et techniques effectuées par le Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF). Présentées sur un panneau lumineux, les radiographies ont permis d’étudier en détail les œuvres, de confirmer ou de repousser des hypothèses de regroupement et d’attribution. Faisant émerger les clous de fixations, les bandes de toile assurant la solidité de l’ensemble ou des traces d’agrandissements des panneaux, elles
révèlent les techniques de construction des retables vénitiens et donnent un aperçu croustillant de leurs dessous, levant le voile sur les énigmes qui entourent les chefs-d’œuvre du trecento.

AUTOUR DE LORENZO VENEZIANO

Jusqu’au 23 janvier, Musée des beaux-arts de Tours, 18, place François-Sicard, 37000 Tours, tél. 02 47 05 68 73, tlj sauf mardi et jours fériés, 9h-12h45 et 14h-18h. Catalogue, 128 p., 24 euros.

AUTOUR DE LORENZO VENEZIANO

- Commissaires : Philippe Le Leyzour, conservateur en chef du musée, et Annie Gilet, conservateur - Commissaires scientifiques : Andrea De Marchi et Cristina Guarnieri - Établissements prêteurs : Pinacothèque de Bologne, Museum of Art de Philadelphie (John G. Johnson Collection), Galleria regionale di Palazzo Bellomo de Syracuse, Musée du Louvre, Musée du Petit Palais d’Avignon, cathédrale de Périgueux, BSI Art Collection de Lugano, château de Bourdeilles (Dordogne)

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°224 du 4 novembre 2005, avec le titre suivant : Casse-tête vénitien

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