Carl Andre, la rigueur minimale

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 1 mai 1999

Figure majeure de l’art minimal américain, Carl Andre est à proprement parler l’inventeur de la sculpture aplatie. On se rappelle en effet comment, à la fin des années 60, dans une remise en question radicale du statut même de la sculpture, l’artiste en avait envisagé l’écrasement en la concevant sous forme d’un jeu de plaques disposées au sol de telle sorte qu’il ne s’agissait plus de la contourner mais de la traverser. Ce faisant, et pour reprendre sa formule, Carl Andre avait mis « Priape à terre » et bouleversé des siècles de tradition, qui avaient instruit l’art de la sculpture à l’ordre d’une érection. Dans le même temps, le geste de Carl Andre induisait un nouveau rapport à l’œuvre en ce sens qu’il laissait à celui qui en avait la gestion une certaine marge de liberté quant à l’organisation des différents éléments la composant.
Au fil du temps, l’artiste déclina le propos pour concevoir de véritables installations occupant l’espace avec des modules plus ou moins aplatis. C’est du moins le fait de Lament for the children, l’œuvre que présente actuellement Yvon Lambert, un travail conçu et réalisé en 1976 à New York, qui avait été détruit et que l’artiste a reconstitué vingt ans plus tard pour une exposition en Allemagne. Composée d’une centaine d’unités de granit blanc, chacune au format de gros blocs équarris, aux faces tantôt polies, tantôt brutes, l’œuvre de Carl Andre invite le spectateur à une expérience singulière de son rapport à l’espace. Dans cette qualité propre à l’art minimal de ressortir d’une phénoménologie de la perception.

Galerie Yvon Lambert, jusqu’au 25 mai.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°506 du 1 mai 1999, avec le titre suivant : Carl Andre, la rigueur minimale

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