Samedi 16 février 2019

Burri ou l’esthétique du déchet

De la médecine à la peinture

Le Journal des Arts

Le 1 décembre 1996 - 523 mots

Mort à Nice le 13 février 1995, à l’âge de quatre-vingts ans, Alberto Burri a aujourd’hui les honneurs d’une rétrospective itinérante qui commence son périple au Palais des expositions de Rome. Ce corpus de plus de cent œuvres embrasse toute la production de l’artiste, depuis les premières toiles figuratives des années quarante, peintes alors qu’il était prisonnier de guerre, jusqu’à ses derniers Cellotex.

ROME - Peu de temps après sa première exposition personnelle à la galerie La Margherita à Rome, en 1947, l’ancien médecin Alberto Burri pose les premiers jalons d’une véritable révolution du langage artistique. Avec ses premières séries Goudrons, Bossus, Moisissu­res… et des œuvres telles que Noir 1, le tableau disparaît et se transforme "de fenêtre ouverte sur le monde en pur champ d’action, en lieu dans le monde", pour re­prendre les mots de Calvesi. Les intuitions géniales de Burri se succèdent ensuite avec une rapidité extraordinaire. Une œuvre comme SZ 1, réalisée en 1949 à l’aide d’un sac imprimé, constitue un précédent important pour le Pop Art. Comme les Bossus, toiles déformées par des structures internes rigides, anticipent sur les "shaped canvas" américains (Stella), anglais (Smith) et italiens (Bonalumi, Castellani). Les travaux accrochés dans son atelier de la via Margutta marqueront le grand Rau­schenberg à un point tel que l’artiste Piero Dorazio dira, non sans malice, à Burri : "On croirait que tu as peint toutes les toiles de sa dernière exposition !" Lors de sa visite, Rauschen­berg avait d’ailleurs certainement vu les deux Grands sacs et le Grand blanc de 1952, tous trois exposés à Rome. Cette série des Toiles à sac avait débuté deux ans auparavant au milieu d’un tollé général, tant de la part du public que de la critique.

Bois, fer, plastique, argile…
Après ses Sacs, Burri aborde les inquiétantes Combustions et sa série de Bois, à la matière volontairement abîmée, cautérisée et déformée par le feu. Puis, à la fin de la décennie, apparaissent les premiers Fers, "avec leur dureté nouvelle, comme une peinture complètement monochrome, privée de tout éclat". Les années soixante sont dominées par l’utilisation continue des matières plastiques, toujours travaillées à l’aide du feu. Viennent ensuite les Crevasses, à base d’argile séchée, culminant avec le gigantesque monument à Gibellina de 1981, puis les Cellotex, qui prennent des proportions toujours plus monumentales, et enfin les Cycles des années quatre-vingt, dont les dix étapes du Voyage, la série des Potagers, les Cellotex très colorés de Sextant et les monochromes noirs, plus tardifs, de Tombée de la nuit.

La plupart des cent œuvres exposées ont été prêtées par la Fondation Albizzini de Città di Castello – la ville natale de l’artiste, qui abrite depuis 1981 une riche collection de ses œuvres –, auxquelles s’ajoutent des pièces conservées à la Galerie nationale d’art moderne de Rome et de nombreux prêts, surtout de la part de collectionneurs privés.

ALBERTO BURRI, jusqu’au 15 janvier, Palais des expositions, 194 via Nazionale, Rome, tél. 6 474 59 03, tlj sauf mardi 10h-21h. Puis à la Lenbachhaus de Munich (5 février-6 avril), et au Palais des beaux-arts de Bruxelles (5 juin-17 août). Catalogue de Maria Grazia Tolomeo et Carolyn Christov-Bakargiev chez Electa.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°31 du 1 décembre 1996, avec le titre suivant : Burri ou l’esthétique du déchet

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