Bourgeois / Byars : confrontation

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 17 décembre 2007

Un immense réservoir à eau comme il en existe sur les toits de New York à l’intérieur duquel on découvre un lit de métal entouré de tout un jeu de flacons ouverts et fermés, un bloc d’albâtre aux formes organiques et un manteau de géant suspendu près de la porte d’entrée : telle est l’œuvre de Louise Bourgeois que le Musée national d’art moderne a sorti de ses réserves pour la présenter en confrontation à celle de James Lee Byars. Comme une immense arabesque dessinée au sol, faite de mille boules de verre rouge, celle-ci, qui est la propriété du Fonds national d’art contemporain mise en dépôt au musée, développe un motif qui rappelle les jeux de volutes d’un jardin à la française et évoque, en même temps, les circonvolutions d’un système sanguin. Ici et là, deux artistes majeurs de la scène artistique internationale des quarante dernières années, deux artistes aînés : Louise Bourgeois, née à Paris il y a quatre-vingt-onze ans, installée à New York depuis 1938, toujours bon pied, bon œil ; James Lee Byars, né en 1932 à Detroit, hélas ! trop tôt disparu en 1977.
Ici et là, deux artistes dont les démarches sont aux antipodes l’une de l’autre : d’un côté, une œuvre tout entière nourrie par l’autobiographie de son auteur, forte d’images du corps et d’une matérialité brute ; de l’autre, un art aux formes épurées qui balance entre poétique et mystique utilisant des matériaux précieux comme le cristal, l’or, le marbre ou l’ivoire. Point commun – sinon de rencontre – entre ces deux artistes, une même façon d’exploiter les ressources de la métaphore et du symbole dans des compositions toujours singulières pour dire leur vision du monde. Celle vécue et mémorable d’une petite fille hypersensible devenue une adulte militante chez Louise Bourgeois, celle idéalisée et aveuglée d’un philosophe esthète en quête de spiritualité chez James Lee Byars. Deux installations dont les dispositifs appartiennent à une famille d’œuvres qui doivent à l’idée d’œuvre totale leur caractère tout à la fois intrigant, déroutant et fascinant.

PARIS, Centre Georges Pompidou, Musée national d’art moderne, IVe, tél. 01 44 78 12 33, jusqu’au 31 mars.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°545 du 1 mars 2003, avec le titre suivant : Bourgeois / Byars : confrontation

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