Anniversaire

A bord de l’Exodus

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 17 juin 2008

Le Mémorial de la Shoah relate l’épopée des Juifs qui ont cherché à regagner la Palestine depuis la France.

PARIS - De 1945 à 1948, près de 70 000 émigrants juifs, pour beaucoup rescapés de la Shoah et refusant de retourner dans leur pays d’origine – l’Europe centrale et orientale –, rejoignent la Palestine clandestinement. La Terre Sainte est alors sous mandat britannique et l’émigration y est très contrôlée. Sur fond de tensions internationales et d’âpres négociations quant à la naissance de l’État d’Israël, la France soutient officieusement les réseaux d’immigration clandestine, tandis que la marine royale britannique arraisonne les bateaux parvenus jusque dans les eaux palestiniennes pour les renvoyer en Europe. C’est cette histoire houleuse que le Mémorial de la Shoah a aujourd’hui choisi de conter à l’occasion des 60 ans d’Israël. Comme à l’accoutumée, l’institution parisienne associe habilement destins personnels et mémoire collective, à travers des documents d’archives, coupures de presse, photographies et films d’époque, mais aussi des documentaires plus récents comme le film de Jean-Michel Vecchiet sorti en 2007 sur ce sujet. Des panneaux pédagogiques accompagnent le visiteur tout au long du parcours qui débute avec la libération des camps et la découverte de l’horreur nazie. Une fois libérés, nombreux sont les rescapés à se retrouver dans les camps de personnes déplacées (Displaced persons ou D. P.) mis alors en place en Allemagne par les Américains et les Britanniques. Ces derniers refusent d’accueillir en Palestine 100 000 Juifs, comme l’avait pourtant réclamé le président Truman. La Grande-Bretagne applique scrupuleusement les accords du Livre blanc, publié en mai 1939, qui limitait le nombre de migrants juifs et défendait l’instauration d’un seul État arabe unitaire. Dès le lendemain du conflit mondial, les opérations clandestines pour tenter de rejoindre la Palestine via la mer s’organisent. L’épisode le plus célèbre est celui de l’Exodus. Ce bateau qui transportait 4 500 Juifs, hommes, femmes et enfants, ayant embarqué sur le port français de Sète (Hérault), fut arrêté en juillet 1947 par la flotte britannique, comme la majorité des embarcations clandestines. Mais, au lieu de rejoindre les camps de Chypre pour personnes refoulées, la population qui refuse de débarquer en France est finalement transférée à Hambourg, en Allemagne, d’où elle est violemment débarquée. Vivement critiquée par la presse et l’opinion publique internationale, l’intervention aura une influence non négligeable dans le partage de la Palestine et la création, moins d’un an plus tard, le 14 mai 1948, sur décision de l’ONU, de l’État d’Israël.

ALYAH BETH, L’ÉMIGRATION CLANDESTINE DES JUIFS DEPUIS LA FRANCE VERS LA PALESTINE

Jusqu’au 28 septembre, Mémorial de la Shoah, 17, rue Geoffroy-l’Asnier, 75004 Paris, tél. 01 42 77 44 72, www.memorialdelashoah.org, tlj sauf samedi, 10h-18h et jusqu’à 22h le jeudi.

ALYAH BETH

- Commissariat général : Jacques Fredj, directeur du Mémorial de la Shoah - Coordination de l’exposition : Sophie Nagiscarde, responsable des activités culturelles du Mémorial

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°284 du 20 juin 2008, avec le titre suivant : A bord de l’Exodus

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