Mardi 25 septembre 2018

Bienveillante ou menaçante, la nature peinte par l’homme pousse toujours à la réflexion

Par Bénédicte Ramade · L'ŒIL

Le 6 août 2007 - 426 mots

Le jardin est par essence une parcelle protégée où la nature est complètement rejouée par la main de l’homme. La vision des jardins qu’en donnent les artistes exacerbe cette construction intellectuelle.

Max Ernst, le jardinier
Peu étonnant alors que Max Ernst, en pleine époque dada, dépeigne une nature plutôt fantaisiste. Rarement sorti de sa collection privée américaine, le Jardin dada (1920) présente une section carrée agrémentée de plantes imaginaires, entre cactées et anémones de mer, tandis qu’une machine fumante semble grignoter une étendue herbeuse. Ernst respecte ici les principes iconographiques du jardin sans toutefois nous en donner la clef, laissant l’énigme entière.
La Nature à l’aurore qu’il peint en 1936 se fait, elle, plus clairement menaçante. La jungle exotique exubérante sans précision botanique est habitée par Loplop, mi-oiseau, mi-homme, l’inquiétant double de Max Ernst dans son histoire surréaliste. Camouflé dans la végétation, comme fondu en elle, un corps féminin se dissimule dans le tableau rappelant la thématique du plaisir et du jardin de Vénus. Mais l’endroit n’est plus sûr car l’homme ne le contrôle plus.

L’ambiguïté de Jeff Wall
Si les œuvres contemporaines se comptent sur les doigts d’une main dans l’exposition, elles n’en offrent pas moins une perspective riche et contrastée à leur vénérable généalogie.
A Sapling Held by a Post (2000) offre un plan rapproché d’un arbrisseau soutenu par un tuteur, démonstration de l’interdépendance manifeste qui règne entre la nature et l’homme. Comme une allégorie de la fragilité de la nature dans cet environnement dominé, perverti par l’homme, la photographie du Canadien Jeff Wall, surtout connu pour ses mises en scène, est étonnamment touchante. La perfection espérée du jardin confère à la violence envers la nature des gestes artificiels et forcés qui rappellent combien la botanique et l’art des jardins emploient la force. L’image est ici ambiguë entre le sauvetage, le soin et la blessure.

Fischli et Weiss
La démarche photographique des Suisses Peter Fischli et David Weiss offre certainement un visage moins équivoque à leur jardin. À travers une surveillance rapprochée de tous les instants menée en 1997, ils ont documenté la vie du jardin. Mais l’affaire n’est pas si simple puisque les diapositives ont été exposées deux fois au sujet. Sachant qu’ensuite les cent soixante-deux images sont projetées en juxtaposé, difficile d’imaginer qu’il en résulte un effet cinématographique qui anime fraisiers et pâquerettes.
Une manière de revenir au petit panneau du xve siècle qui inaugure le parcours, lui-même véritable carambolage des saisons, rassemblant en ses murs vingt-quatre plantes dont les floraisons ne sauraient être simultanées. Mais l’art a sa logique que la botanique ignore.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°588 du 1 février 2007, avec le titre suivant : Bienveillante ou menaçante, la nature peinte par l’homme pousse toujours à la réflexion

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