Vendredi 14 décembre 2018

Biennales pour une Europe

Un dialogue noué à Sélestat et à Cétinié

Par Philippe Régnier · Le Journal des Arts

Le 12 septembre 1997 - 636 mots

Deux petites villes d’une quinzaine de milliers d’habitants accueillent simultanément, cet automne, une biennale d’art contemporain. Les manifestations de Sélestat, en Alsace, et de Cétinié, au Monténégro, tentent toutes les deux de tisser un dialogue entre les artistes d’Europe occidentale et des anciens pays du bloc de l’Est.

SÉLESTAT - "Sélest’art", devenue biennale en 1993 et d’abord consacrée à la jeune création régionale, s’est peu à peu élargie à toute la France pour offrir un bilan des dix premières éditions en 1995. La manifestation s’ouvre cette année aux créations des pays de l’Est européen, avec le soutien du Conseil de l’Europe. Jean-Yves Bainier, conseiller pour les Arts plastiques à la Drac Alsace, et Dimitri Konstantinidis, directeur du Frac Alsace, ont présélectionné les dossiers d’un grand nombre d’artistes de Lituanie, Russie, Ukraine, Slovénie, Bulgarie, Tchéquie, Macédoine, Croatie et Hongrie, tandis que les directeurs des Frac proposaient chacun trois jeunes Français. Un jury composé de Ryszard Stanislawski, conservateur du Museum Saturnie à Lodz (Pologne), d’Alfred Pacquement, directeur de l’École nationale supérieure des beaux-arts, et de l’artiste Erik Dietman a retenu dix-sept créateurs de l’Est et quatorze Français. Ils sont invités à réfléchir sur le thème “Europe et Humanisme”. La différence de maturité risque cependant d’être flagrante entre les créateurs est-européens, souvent âgés de plus de quarante ans et maîtrisant parfaitement leur art, et les jeunes Français tous frais émoulus des écoles d’art. Tous, en tout cas, seront présents dans le CD-Rom qui remplace le traditionnel catalogue d’exposition et qui sortira au cours de la biennale.

Karin Graf, commissaire de l’exposition, insiste sur le fait que "le CD-Rom pourra ainsi comprendre des reproductions des œuvres réellement exposées en Alsace, ce que ne permet pas toujours les catalogues papier dont les délais de fabrication sont plus longs". Il sera d’ailleurs vendu bon marché et distribué notamment dans tous les établissements scolaires de la région. L’exposition se déploie dans toute la ville, des anciens bâtiments en grès rose aux récents espaces d’exposition du Frac Alsace ou de la médiathèque de la ville. Pour sa première exposition en France, Oleg Kulik, l’enfant terrible de l’art russe, présente par exemple dans la Halle au blé une œuvre vidéo réalisée avec Mila Bredikhina.

Est-Ouest
Il participe également, en compagnie de plus de cent cinquante artistes, à la troisième biennale de Cétinié, l’ancienne capitale du Monténégro. À ce titre, la petite ville conserve d’anciens bâtiments officiels et des ambassades qui abritent la plupart des expositions de la manifestation. Sur le thème du nomadisme, du déplacement physique et du voyage, "Aller-retour" réunit dans le Palais Bleu des artistes tels que Sophie Calle, Jean Le Gac, Alighiero e Boetti, Wim Delvoye ou Claude Closky. "L’icône au sens propre" explore les rapports qu’ils entretiennent aujourd’hui avec les représentations du sacré. Face à la démarche iconoclaste du Russe Dimitri Prigov, Robert Combas propose un Crucifix. D’autres exposent leurs propres objets, références à des passions, à des obsessions plus individuelles ou à un culte des images, tel celui pratiqué par Paul-Armand Gette. L’expo­sition "Landless" aborde également une réflexion liée à l’histoire locale, récente cette fois, puisqu’il s’agit d’explorer le thème de l’exode. La Biennale de Cétinié, tout comme "Sélest’art", se propose de confronter les travaux des créateurs de l’Est de l’Europe – Russie, Pologne, Bulgarie, Slovaquie, Serbie, Roumanie, Bosnie Herzégovine, Monténé­gro... – à des Occidentaux, familiers des expositions internationales. Le contingent de Français y est cependant particulièrement important. De jeunes artistes sont également au rendez-vous. Le Domaine de Kergué­hennec présente en particulier un projet élaboré par un collectif de six créateurs pour l’ancienne ambassade de France.

BIENNALE DE CÉTINIÉ III, ALLER-RETOUR, 20 septembre-2 novembre, divers lieux, Cétinié, Monténégro, rens. 01 42 78 24 66.
SÉLEST’ART, EUROPE ET HUMANISME, 14 septembre-12 octobre, divers lieux, 67600 Sélestat, tél. 03 88 58 85 75, mercredi-vendredi 14h-18h, samedi-dimanche 10h-12h et 14h-18h30. CD-Rom, 100 F.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°43 du 12 septembre 1997, avec le titre suivant : Biennales pour une Europe

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