Dimanche 18 novembre 2018

Arts premiers

Bestial instinct

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 30 novembre 2007 - 461 mots

Le Musée Dapper, à Paris, explore la production artistique de l’Afrique
subsaharienne à travers le prisme du zoomorphisme.

PARIS - « J’ai une peau de crocodile pour me coucher n’importe où sur n’importe quoi, un estomac d’autruche pour pouvoir manger n’importe quoi et un cœur de tourterelle pour ne jamais me battre ». Par cet adage non dépourvu d’humour, l’écrivain, historien et spécialiste des traditions africaines Amadou Hampaté Bâ rappelle qu’en Afrique subsaharienne, il est constamment fait référence au monde animal. Source intarissable d’inspiration, les animaux se voient attribuer les qualités et défauts des humains dans les récits généalogiques ou mythiques de la culture orale, les rituels sacrés et la production artistique. En témoignent les masques, statues, figurines, insignes de dignité et objets du quotidien exposés aujourd’hui au Musée Dapper, à Paris. Comme à l’accoutumée, l’institution parisienne a réuni des pièces prestigieuses issues de ses propres collections, mais aussi de fonds privés et publics. Citons la présence d’œuvres du Musée royal de l’Afrique centrale à Tervuren (Belgique), du Musée Barbier-Mueller à Genève, du Museum für Völkerkunde à Vienne, ou encore du Staatliches Museum für Völkerkunde à Munich. L’ensemble est présenté dans une semi-obscurité respectant le caractère sacré et les fonctions initialement protectrices de certaines pièces, à l’image du masque cimier du Nigeria en forme de poisson-scie, destiné à protéger les pêcheurs des monstres aquatiques. Le parcours est l’occasion de croiser de redoutables créatures, tels les puissants Nkisi Nkonde des Kongo, effrayants chiens aux corps bardés de clous et de lames, œuvre zoomorphe parmi les plus puissantes. L’exemplaire du Musée ethnographique d’Anvers, en Belgique, adopte une attitude particulièrement agressive avec son reliquaire chargé de crocs sur le dos. « La représentation des animaux constitue la face visible d’une symbolique complexe, explique Christiane Falgayrettes-Leveau, directrice du musée. Dans de nombreuses sociétés africaines, les membres d’un clan entretiennent des rapports particuliers avec certaines espèces ». Celles-ci assurent la descendance et protègent le clan. Figure récurrente des objets de l’ancien royaume de Bénin (actuel Nigeria), le léopard souligne la puissance et le prestige des rois, chefs et de certains officiants. Si les représentations animales sont surtout l’apanage des masques sculptés, les productions en bronze, en métal (notamment au Burkina Faso) et en ivoire offrent néanmoins quelques pièces remarquables, à l’instar de cette Tête de léopard (XVIIe siècle) provenant du Nigeria. Comme le rappelle dans le catalogue Alfred Adler directeur d’études émérites à l’EPHE (Ecole pratique des hautes études) de Paris, le rapport animal ne s’appuie pas sur un duel, mais est fondé sur une « triade homme-animal-esprit ». C’est de cette complémentarité dont nous parle, non sans une certaine magie, le Musée Dapper.
 

Animal

Jusqu’au 30 mars 2008, Musée Dapper, 35, rue Paul Valéry, 75116 Paris, tél. 01 45 00 91 75, www.dap per.fr, tlj sauf mardi, 11h-19h. Catalogue, 498 p., 30 euros.

Animal

- Commissaire : Christiane Falgayrettes-Leveau, directrice du Musée Dapper - Nombre d’œuvres : 150

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°270 du 30 novembre 2007, avec le titre suivant : Bestial instinct

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