musée

Bellori, idée contre nature

L'ŒIL

Le 1 mars 2000

C’est à une traversée érudite du XVIIe siècle italien que nous convie le Palais des expositions de Rome, à la lumière des écrits de Giovan Pietro Bellori, homme de lettres romain. 700 œuvres reconstituent le climat de création artistique intense qui règne alors dans la Ville éternelle, véritable chantier de fouilles permettant aux artistes de s’adonner à l’observation et à l’imitation des antiques. L’exposition propose justement une confrontation entre les œuvres du XVIIe et leurs éventuelles sources d’inspiration, les sculptures, bas-reliefs ou bronzes datant de l’Antiquité classique. Si de nos jours certains artistes rivalisent d’imagination pour nous montrer tout ce qu’il y a de plus sordide ou dérangeant, les peintres du XVIIe siècle n’aspirent qu’à une chose, égaler les Anciens en accédant au beau idéal. Ceux qui se détournent de cette noble voie, tel Caravage, plus enclins à dépeindre des sujets dénués de grandeur, sont soupçonnés de faiblesse d’esprit. Giovan Pietro Bellori fait partie de ces théoriciens qui essayent de les maintenir dans le courant classicisant. Sa biographie relate l’épopée d’un personnage singulier qui sait tirer partie des opportunités qui s’offrent à lui. Il est tout d’abord conseiller de la reine Christine de Suède, puis du cardinal Camillo Massimo, avant d’être commissaire pontifical des antiquités de Rome, en relation avec les artistes majeurs de son époque, Alessandro Algardi, Annibale Carraci, Guido Reni, Andrea Sacchi, ainsi que Poussin et Duquesnoy. En 1672, il théorise dans un ouvrage intitulé Les Vies des peintres, sculpteurs et architectes modernes la supériorité de l’idée sur la nature. Selon lui, l’esprit se doit de corriger les défauts de la nature humaine, « les multiples difformités et disproportions qui sont en nous », et doit tendre à une imitation de la nature expurgée de ses moindres défauts. « L’idée constitue la perfection de la beauté naturelle (...) et elle aspire toujours au mieux et au merveilleux, rivalisant et dépassant même la nature, car ses œuvres sont belles et accomplies à un point que la nature n’atteint jamais. » Il préconise un art inspiré de l’ordre et de la mesure, qui exalte de nobles intentions suggérées par les gestes et l’accentuation des sentiments, selon les modèles offerts par les sculptures antiques, préparant le terrain à ce qui allait être le summun de cet attrait pour l’antique, le néoclassicisme.

ROME, Palazzo delle Esposizioni, 29 mars-26 juin.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°514 du 1 mars 2000, avec le titre suivant : Bellori, idée contre nature

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