Mercredi 12 décembre 2018

Postérité

Beethoven forever

Par Élisabeth Santacreu · Le Journal des Arts

Le 8 novembre 2016 - 705 mots

La Philharmonie de Paris montre comment, depuis le XIXe siècle, artistes et intellectuels se sont emparés du personnage de Beethoven.

PARIS - Après Bowie, la Philharmonie de Paris veut définitivement installer avec Beethoven ce qui devrait être son style : la modernité. Il fallait un sujet foisonnant, qui se prête à la présentation de vidéos, films, œuvres d’art contemporain. Impossible donc d’y raconter la vie du musicien allemand, ou de montrer partitions et souvenirs, comme dans le musée qui lui est consacré à Bonn en Allemagne… En réalité, les cornets acoustiques, mèches de cheveux, autographes et autres masques sont là. Cependant, le visiteur est prié de ne pas les voir comme de vulgaires témoignages de l’existence du compositeur, mais comme des éléments visant à démontrer que Beethoven est un mythe.

Le défaut d’une telle exposition pourrait être de ne figurer qu’un simple contrepoint visuel et sonore aux travaux intellectuels publiés dans le catalogue. Heureusement, ce n’est pas le cas ici où l’édition et l’exposition conservent chacune leur autonomie propre. Ainsi, le chapitre intitulé « Messianisme et transpositions : les “Beethoven” de Max Klinger », sous la plume de Julie Ramos dans le catalogue, traite d’œuvres qui, dans l’exposition, sont réparties dans les sections « Le musicien comme prophète » (comprendre : la construction d’un personnage mythique) et « Vienne 1902 : Beethoven sécessionniste » (ou le Monument à Beethoven de Klinger et la Sécession viennoise).

On peut donc voir cette exposition comme l’analyse de la construction et de l’utilisation d’un mythe par les artistes, présentant des documents liés au musicien et des œuvres d’art inspirées par lui, de son époque à nos jours. Elle peut aussi être abordée plus simplement comme la recension de l’incroyable popularité d’un musicien génial et sourd, ce qui était déjà suffisant pour en faire un monstre sacré dès son époque, alors que se mettaient en place ce que nous appelons aujourd’hui les mass media. Mais pour cette visite ludique, il vaudra mieux avoir révisé son Beethoven. Faute de quoi, dans la masse d’informations, on trouvera difficilement l’explication du titre (« Ludwig Van ») ou de ce qu’est le Testament de Heiligenstadt, par exemple.

« Beethovenisation »
La première salle donne l’ambiance avec ses murs d’écrans où défilent des images illustrant la « beethovenisation » de notre société : des publicités utilisant sa musique à un dessin animé des Peanuts d’après Schultz en passant par l’émouvant film documentaire « Kinshasa Symphony » de 2010 sur un orchestre de déshérités congolais, le visiteur prend conscience que le monde entier vit en contact avec le compositeur. Arrivé dans la section suivante, intitulée « Du trépas à l’immortalité », il commence à utiliser le casque audio qui lui permettra d’écouter plus de 70 sons tout au long du parcours. C’est alors qu’il s’aperçoit qu’il y a trop de bruit dans l’exposition, provenant notamment des salles d’immersion musicale. La Symphonie no 7 se superpose à la Sonate pour piano no 12, sauf à monter le son de son casque au maximum… On aimerait tant que la Philharmonie ait imaginé un parcours en isolation auditive complète ! Chacun pourrait alors retrouver, dans son casque et à volonté, le merveilleux pouvoir du son et comprendre la souffrance du musicien devenu sourd.

À défaut, l’installation Silence en mi majeur de Samuel Aden constitue une expérience magique. Ce dispositif d’écoute solidienne permet au visiteur, lorsqu’il pose son visage sur une tige de cuivre et bouche ses oreilles, d’entendre la musique d’un piano par amplification osseuse. Une œuvre d’art qui s’ajoute à un vaste corpus, composé du grand et beau tableau Beethoven de Lionello Balestrieri (1900), de la sculpture Beethoven, la joue appuyée sur une main d’Antoine Bourdelle (1888) ou encore de Beethoven d’après le portrait de Joseph Stieler d’Andy Warhol (1987). Quant au film de Mauricio Kagel, Ludwig Van (1969), on finit par le trouver dans les « Fétiches et reliques ». Son jeu avec les têtes de Beethoven et sa mise en scène d’œuvres d’art contemporain (de Joseph Beuys, notamment) ont largement inspiré le parcours de la Philharmonie.

LUDWIG VAN

Commissaires : Marie-Pauline Martin, historienne de l’art ; Colin Lemoine, attaché de conservation au Musée Bourdelle, collaborateur au Journal des Arts et à L’Œil
Nombre d’œuvres et documents : 253

LUDWIG VAN, LE MYTHE BEETHOVEN

Jusqu’au 29 janvier 2017, Philharmonie de Paris, 221, av. Jean-Jaurès, 75019 Paris, tlj sauf lundi 12h-18h, 10h-20h samedi et dimanche, jusqu’à 22h le vendredi, http://philharmoniedeparis.fr, entrée 10 €, casque audio gratuit. Catalogue, coéd. Gallimard/Cité de la musique-Philharmonie de Paris, 35 €.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°467 du 11 novembre 2016, avec le titre suivant : Beethoven forever

Tous les articles dans Expositions

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque