Mercredi 17 octobre 2018

Sculpture

Beautés médiévales

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 9 septembre 2005 - 477 mots

Châlons-en-Champagne accueille des chefs-d’œuvre du département des Sculptures du Louvre, confrontés à ses propres collections.

 CHÂLONS-EN-CHAMPAGNE - Sculpté dans le marbre d’un chapiteau, encadré de deux bêtes féroces venues renforcer les angles de l’élément architectural, Daniel dans la fosse aux lions (début du XIIe siècle) est une pièce emblématique de l’art roman. Après avoir été présenté dans le cadre de « La France romane » au Musée du Louvre à Paris (lire le JdA no 211, 18 mars 2005), le célèbre chapiteau, accompagné de 74 autres pièces du département des Sculptures, a quitté l’institution parisienne pour rejoindre les salles du Musée des beaux-arts et d’archéologie de Châlons-en-Champagne (Marne). L’établissement évoque en effet cet automne les grandes étapes de l’art médiéval français à travers la sculpture, de la période romane (XIe-XIIe siècle) à l’époque gothique tardive (fin du XVe-début du XVIe siècle). Sans oublier les chefs-d’œuvre du gothique classique, tel l’élégant Ange portant une couronne, la Tête d’un animal chimérique, à la fois grotesque et effrayante, ou encore l’étonnante Vierge assise et l’Enfant, typique des ateliers lorrains. Aux prestigieuses collections du Louvre sont venues s’ajouter une cinquantaine de pièces issues des musées châlonnais. Ainsi du Retable de la Passion (début XVIe), malheureusement très endommagé, qui serait issu d’un mystérieux atelier troyen, ou encore de la très expressive Tête de Christ (avant 1480) sculptée en bois de chêne. Ce visage particulièrement délicat provient d’une crucifixion qui dominait le jubé de l’ancienne collégiale de Notre-Dame-en-Vaux, bel exemple du patrimoine médiéval châlonnais (on devrait citer aussi la cathédrale Saint-Étienne, les grands ensembles architecturaux de Saint-Jean et Saint-Loup). L’œuvre est confrontée à la Tête de Christ couronnée d’épines du Louvre (début XVIe), vestige de la fin du Moyen Âge dont la polychromie est exceptionnellement bien conservée. Soignée et aérée, la scénographie de l’exposition permet d’en apprécier toutes les subtilités. La manifestation est aussi l’occasion de belles retrouvailles : les gisants de Blanche de Navarre, comtesse de Champagne (1252), appartenant à Châlons, et de sa petite fille Blanche de Champagne, duchesse de Bretagne (début XIVe), provenant du Louvre, sont aujourd’hui réunis. Le gisant de Blanche de Champagne a été réalisé selon une technique propre aux ateliers de Limoges : la base en bois, sommairement sculptée, a été recouverte de cuivre doré, martelé ou repoussé, voire, pour certains détails, gravé ou champlevé. Il n’existe que deux autres gisants de la sorte conservés dans leur totalité. À l’issue de la manifestation, huit sculptures originaires de Châlons-en-Champagne et conservées au Louvre depuis 1895 seront rendues à la Ville sous la forme d’un dépôt à long terme. Les pièces ont été restaurées pour l’exposition qui est accueillie dans les espaces rénovés et réaménagés du musée.

REGARDS SUR L’ART MÉDIÉVAL

Jusqu’au 15 janvier 2006, Musée des beaux-arts et d’archéologie, place Alexandre-Godart, Châlons-en-Champagne, tél. 03 26 69 38 53, tlj sauf mardi, 14h-18h (14h30-18h30 le dimanche). Catalogue, 190 p., 20 euros.

REGARDS SUR L’ART MÉDIÉVAL

- Nombre d’œuvres : 137 - Surface d’exposition : 400 m2 - Commissaires : Pierre-Yves Le Pogam, conservateur au département des Sculptures du Louvre, Philippe Pagnotta, conservateur des musées de Châlons-en-Champagne

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°220 du 9 septembre 2005, avec le titre suivant : Beautés médiévales

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