Jeudi 12 décembre 2019

Égyptologie

Balade « post mortem »

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 15 avril 2009 - 608 mots

Le Musée du Louvre présente sous un jour nouveau ses collections d’antiquités égyptiennes.

PARIS - L’année dernière, le Musée du Louvre, à Paris, se voyait contraint d’annuler l’exposition « Saqqarah », annoncée pourtant comme l’événement de l’année 2009. Officiellement, la manifestation risquait de priver le parcours permanent d’un nombre trop important d’objets. En coulisse, le département des Antiquités égyptiennes était secoué par des querelles de chapelle dont le milieu des égyptologues a le secret (lire le JdA no 277, 14 mars 2008, p. 20). C’est donc en catastrophe que Marc Étienne a conçu, à la demande de Guillemette Andreu-Lanoë, chef du département des Antiquités égyptiennes – et en remplacement de la proposition initiale de Christiane Ziegler –, un parcours autour des mythes et représentations de l’Égypte ancienne.
Les œuvres réunies sont, pour la majorité d’entre elles, issues du Louvre et de son circuit permanent – quelques pièces ont néanmoins été sorties des réserves tandis que des prêts internationaux viennent enrichir l’ensemble –, mais la présentation les fait apparaître sous un autre jour. Quatre grands espaces organisent la visite sur le thème des « Portes du Ciel », terme qui désigne les battants du tabernacle abritant une divinité, et, par extension, la frontière entre le monde des dieux et celui des hommes, entre le domaine des vivants et celui des morts. Après avoir passé le tabernacle du temple de Philae, le public, dans un cheminement à rebours, pénètre dans le sanctuaire des dieux, où est évoquée la création du monde. Il rejoindra ensuite l’Au-delà (ou Douat que le mort traverse pour atteindre l’Éternel), puis la chapelle de la tombe, pour finir son périple sur le parvis du temple, lieu de culte et de rencontre avec les divinités.
Si elle n’apporte pas de nouveauté quant à la connaissance scientifique du sujet, la démonstration est un modèle de pédagogie. Panneaux explicatifs particulièrement adaptés, schémas et plans clairs et concis, éclairages subtils, présentations variées : l’ensemble permet de saisir les liens qui unissaient les hommes aux divinités et le traitement particulier réservé aux morts. Les spectaculaires sarcophages ou momies (d’époque tardive) ici présentés ne le sont jamais sans raison ; ils sont toujours documentés et explicités. Parmi les trouvailles particulièrement réussies de la scénographie, citons la reconstitution sur panneau d’un ensemble d’amulettes telles qu’elles étaient placées sur une momie de basse époque. La qualité du parcours tient aussi à la grande diversité des pièces réunies : stèles ; papyrus ; statuettes ; coupes ; coffret à viscères ; vases canopes ; ustensiles à offrande ; masques funéraires ; cercueils décorés ; représentations sculptées, gravées ou peintes d’Osiris, Isis, Horus, Imentèt, Rê, Anubis… Et également à la présence de nombreuses portes, comme cette stèle fausse porte de Sahathor (Moyen-Empire, XIIe dynastie, règne d’Amenemhat II, 1901-1866 av. J.-C.) du British Museum à Londres, ou celle, monumentale, du général Horemheb (Nouvel-Empire, XVIIIe dynastie, 1323-1295 av. J.-C.). Ces éléments, destinés, par le culte rendu, à assurer la vie post mortem, témoignent d’une conception du monde particulièrement complexe, pour laquelle le Louvre propose aujourd’hui de judicieuses clefs de lecture.

LES PORTES DU CIEL. VISIONS DU MONDE DANS L’ÉGYPTE ANCIENNE, jusqu’au 29 juin, Musée du Louvre, hall Napoléon, 75001 Paris, tél. 01 40 20 53 17, www.louvre.fr, tlj sauf mardi, 9h-20h et jusqu’à 22h le mercredi et vendredi. Catalogue, coéd. Somogy Éditions d’art/Musée du Louvre, 384 p., 39 euros. A lire également : Guillemette Andreu (sous la dir.), Objets d’Égypte. Des rives du Nil aux bords de Seine, coéd. Musée du Louvre/Le Passage, 2009, 214 p., 35 euros, ISBN 978-2-84742-134-7.

LES PORTES DU CIEL
Commissaire : Marc Étienne, conservateur au département des Antiquités égyptiennes
Nombre d’œuvres : 330

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°301 du 17 avril 2009, avec le titre suivant : Balade « post mortem »

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