Babou, la peinture couleur-lumière

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 1 janvier 2005

Sans qu’elle soit exclusive, la programmation du centre d’art de la Seyne-sur-Mer, que gouverne avec brio depuis quelques années Robert Bonaccorsi, est fortement articulée par rapport à une production artistique figurative, volontiers critique. C’est sous le couvert d’un tel label – la figuration narrative et critique – que toute une génération d’artistes ont occupé le terrain dès la fin des années 1960 pour attester tant de la pérennité d’un mode – la peinture – que de la force de leur engagement. Babou – de son vrai nom Christian Baboulène, né à Villeneuve d’Agenais en 1946 – en est l’un des représentants les plus exemplaires. La série de peintures intitulée Résidences de prestige qu’il a développée de 1971 à 1974 et qui décline un mode de vie de mauvais goût, banalisé et individualiste, situe d’emblée sa démarche du côté d’une critique acerbe et ironique. En même temps, son œuvre révèle une préoccupation « architecte », un questionnement dans le rapport générique de l’œuvre à l’espace et au corps. Ornements-inventaire (1974-1975) ; Dômes (1976-1980) ; Gargouilles (1980-1981) ; Surfaces de réparation ((1982-1984) ; Entraves (1984-1987) ; Bastides (1987-1992) ; Turquoises (1997-2002) ; Clusters (2002-2004), l’art de Babou est requis par le construit, le structuré et le lumineux. Quel que soit le sujet celui-ci est à chaque fois le prétexte à mettre en question le fait de peinture dans des compositions qui ne s’embarrassent ni d’anecdotes, ni de narration. En cela, l’artiste se distingue de ses pairs pour lesquels le narratif est un fil conducteur. Il y va chez Babou d’une approche bien plus abstraite qui accorde notamment à la couleur et à l’harmonie une place de choix. « Il y a une théorie implicite de la couleur chez Babou, par laquelle il lui rend une âme. La couleur est ici lumière », note judicieusement à son propos Jean-Luc Chalumeau. De fait, la peinture de Babou est tout à la fois sensible, sensuelle et habitée. En un temps où le regard semble vouloir s’attarder derechef sur la peinture, l’inviter à se porter sur la trajectoire d’un artiste comme Babou est l’occasion pour lui de prendre la mesure, d’une part, de la pérennité d’un mode, de l’autre, de la pertinence d’une œuvre forte et singulière.

« Babou rétrospective 1970/2004 », LA SEYNE-SUR-MER (83), villa Tamaris-centre d’art, avenue de la Grande Maison, tél. 04 94 06 84 00, 20 novembre-30 janvier.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°565 du 1 janvier 2005, avec le titre suivant : Babou, la peinture couleur-lumière

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