Dimanche 15 décembre 2019

Art contemporain

Babette Mangolte revisite son œuvre

Par Christine Coste · Le Journal des Arts

Le 6 juin 2019 - 429 mots

Le château de Rochechouart présente pour la première fois en France une rétrospective de l’artiste franco-américaine, soit cinquante années d’une création filmique et photographique à la fois réflexive et subjective.

Rochechouart (Haute-Vienne). On ne la remarque pas immédiatement quand on pénètre dans l’exposition du Musée départemental d’art contemporain tant la vidéo Water Motor de la chorégraphe Trisha Brown qu’a filmé Babette Mangolte en 1978 capte l’attention. Pourtant la photographie que l’artiste franco-américaine (née en 1941) a prise quelques années plus tôt de son propre atelier revient en mémoire lors de la projection, en fin de parcours, de son film sur le studio d’Edward Krasinski à Varsovie, resté tel quel après sa disparition. Quand Babette Mangolte réalise cette image en noir et blanc, elle a 33 ans, a quitté la France deux ou trois ans auparavant pour s’installer à New York et a déjà commencé à documenter la scène chorégraphique et performative américaine. Que montre-elle ? Un loft à l’espace vaste et lumineux encore dépouillé que les décennies qui suivront prendront soin de remplir. Babette Mangolte a toujours demeuré en ces lieux.

Dans ce tirage d’époque qu’elle a réalisé elle-même, il y a de l’autoportrait en creux et déjà une conception du temps comme des évolutions qu’il induit, un rapport au temps que l’on retrouvera dans nombre de ses photographies, films ou installations. Il y a aussi du contrepoint dans l’emplacement de ce tirage. Le contrepoint est récurrent dans les installations de l’artiste, comme les ruptures de rythme dans ses films. Il est une manière de composer, d’inscrire dans l’espace-temps le contenu de la forme narrative et ses réflexions sur le déplacement, le corps humain, la transformation du paysage, l’expansion de l’urbain. La caméra de Mangolte regarde aussi l’art et fait l’expérience du détail dans un tableau de Brueghel, de Matisse ou de Gauguin, comme dans le portrait filmé en plan serré de Richard Serra.

Remix de séquences filmiques

Invitée par le musée de Rochechouart à réinterpréter l’ensemble de son œuvre, Babette Mangolte a conçu un parcours dont le cisèlement précis et sensible joue sur les résonances, usant du remix de séquences filmiques pour faire dialoguer des travaux de différentes époques. Elle y poursuit son travail sur la couleur verte dans le paysage, remonte l’installation L’Éloge du vert en y introduisant de nouvelles photographies dont celles réalisées à Rochechouart ou en Californie lors des récents incendies. Ce n’est pas une lecture chronologique de son travail que Mangolte offre au visiteur, mais un entrelacs pertinent de thématiques, de l’ordre de l’intime ou du politique, la vision d’une femme de son temps.

Babette Mangolte, Spaces to SEE,
jusqu’au 16 septembre, Musée d’art contemporain de la Haute-Vienne, château de Rochechouart, place du Château, 87600 Rochechouart.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°525 du 7 juin 2019, avec le titre suivant : Babette Mangolte revisite son œuvre

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