Mercredi 29 janvier 2020

Paris-16e

Avec Robert Crumb, l’underground au musée

Musée d’art moderne de la Ville de Paris - Jusqu’au 19 août 2012

Par Colin Lemoine · L'ŒIL

Le 27 juin 2012 - 373 mots

La rétrospective de Robert Crumb au Musée d’art moderne est un événement rare quand on sait la portion congrue faite au sein de ce dernier à la bande dessinée et au dessin – à l’exception notable d’Alfred Kubin en 2007.

De l’aveu de Fabrice Hergott, elle signe tout à la fois l’ambition d’ouverture du musée à un art de moins en moins tenu pour mineur et la volonté de rendre hommage à l’un des plus grands dessinateurs américains contemporains.
Comme pour mieux pallier cette longue cécité de l’institution, l’accrochage cherche l’exhaustivité : l’auteur de comix underground y est présenté à travers près de sept cents dessins, au gré d’un parcours qui glisse de ses premières planches dans Zap et autres revues contre-culturelles à l’ambitieuse mise en images de La Genèse, en passant par l’exercice à quatre mains auquel il s’est livré avec sa femme Aline dans Parle-moi d’amour. Les couvertures de disques (dont la célèbre Chip Thrills de Janis Joplin) y succèdent aux planches de Fritz the Cat ou Mr Natural, les hippies perchés y font face à une galerie de freaks et de femmes plantureuses. La solidité du dessin et la permanence du  style  Crumb y sont d’autant plus manifestes que la rétrospective égrène les grandes  thématiques de l’œuvre : l’amour du blues, l’obsession du sexe, l’humour et le potache d’une satire sociale parfois mêlée d’absurde et de science-fiction.

Pourtant, malgré l’évidence du talent de Crumb et le plaisir que provoque la découverte de ses planches originales – si sûres dans leur dessin, si peu biffées  –, l’exposition éprouve son spectateur. À un œuvre tout entier conçu pour prendre place dans les pages des comix, les salles du musée offrent un cadre trop vaste.
Lors de la conférence de presse qui précédait l’ouverture de la rétrospective, l’artiste pointait du reste les limites d’une telle transposition : après avoir confié sa joie d’être invité au Musée d’art moderne, il se demandait ce que pouvait produire cette longue succession de cases et de phylactères (en anglais qui plus est), sinon le désir d’aller se couler dans un fauteuil confortable pour se plonger dans la lecture d’un bon comix. Dont acte.

Robert Crumb, de l’underground à la Genèse

Musée d’art moderne de la Ville de Paris, 11, avenue du Président-Wilson, Paris-16e, www.mam.paris.fr

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°648 du 1 juillet 2012, avec le titre suivant : Avec Robert Crumb, l’underground au musée

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