Vendredi 19 juillet 2019

Madrid (Espagne)

Avec Dufy, la couleur se fait lumière

Musée Thyssen-Bornemisza Jusqu’au 17 mai 2015

Par Dominique Vergnon · L'ŒIL

Le 19 mars 2015 - 317 mots

Adoptant une présentation en quatre sections chronologiques, cette exposition cloisonne trop l’œuvre de Raoul Dufy (1877-1953), ce qui en réduit l’harmonie et la portée.

Car, en dehors de la parenthèse cubiste inspirée par Cézanne, Dufy a brodé autour de quelques thèmes sans cesse enrichis. Avant tout, il a appliqué sa théorie de la « couleur-lumière » telle qu’il l’a consignée dans ses Carnets et dont il a cherché la meilleure formulation toute sa vie. Ce fil conducteur assure cohérence et unité à l’ensemble de ses créations. Le vocabulaire chromatique et plastique de Dufy obéit à son désir de concilier l’illusion de la représentation de la réalité et la réalité elle-même. Sur nombre de ses toiles, sa « signature inimitable », comme disait Jean Cocteau, à la fois aérienne et solidement construite, demeure identique au-delà du temps et témoigne d’un style qui n’appartient qu’à lui et que sa palette décline de cent façons mais préserve toujours. On le constate en comparant entre eux des tableaux comme ce moment de récréation qu’est la Fête à Sainte-Adresse (1906) avec ce moment de distraction qu’est Aux courses (1935) ou encore Le Petit palmier (1907) avec Le Jardin abandonné (1945). Un mot sur l’accrochage – classique – et le choix – discutable – du ton bleu vif et uniforme des cimaises, qui affaiblit l’éclat de plusieurs tableaux. Ces réserves faites, le visiteur découvre d’abord un peintre dont la fluidité et le lyrisme de la ligne ne cèdent jamais à la facilité. Ensuite, tant dans ses compositions textiles que dans ses céramiques, Dufy se révèle un prodigieux maître-décorateur dissociant forme et couleur et parvenant à une sorte de musicalité visuelle. Enfin, s’il est le peintre de la joie, cela n’exclut pas les heures de nostalgie (motif du Cargo noir). Un des agréments de cette rétrospective vient de la belle série de gravures, dessins et bois gravés destinés à illustrer Le Bestiaire ou Cortège d’Orphée de Guillaume Apollinaire.

« Raoul Dufy », Musée Thyssen-Bornemisza, Paseo del Prado 8, Madrid (Espagne), www.museo

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°678 du 1 avril 2015, avec le titre suivant : Avec Dufy, la couleur se fait lumière

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