Augustin Rouart

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 1 février 2006

Né dans une famille de peintres qui compte parmi d’autres les noms de Berthe Morisot, de Julie Manet et de Maurice Denis, Augustin Rouart (1907-1997) doit surtout à son grand-père Henri
Lerolle d’avoir fait de la nature « son dieu », comme l’a écrit Pierre Rosenberg. Dans une lettre de 1928, l’aïeul confie à son petit-fils : « Tu es à la campagne, profites-en pour travailler beaucoup – c’est-à-dire pour tout regarder et tout aimer. Dessine des portraits mais dessine aussi tout ce que tu vois et que tu comprends : une feuille morte, un brin d’herbe. On peut faire un chef-d’œuvre d’après n’importe quoi. » Voilà la leçon ! Augustin ne l’a jamais oubliée.
S’il fut bercé par les impressionnistes et qu’il revendiquait d’être à leur instar un peintre de paysage, Augustin Rouart vouait un culte aux maîtres du passé. Les exemples d’Holbein, de Goya, d’Ingres et de Degas comptaient bien plus pour lui que ceux de ses contemporains et, à la modernité, il préférait de loin la tradition.
« Décidément figuratif à un moment où l’abstraction triomphait » (P. Rosenberg), il creusa une voie toute personnelle, aveugle aux réalités du monde qui l’entourait, sourd à ses rumeurs et à ses effets de mode, menant une vie en quête de lumière et de spiritualité.
L’exposition rétrospective qui lui est consacrée réunit près de 120 peintures, aquarelles et dessins. L’ensemble sanctionne la démarche d’un artiste résolument en marge, qui se distingue de sa génération. Portraits, paysages et natures mortes ne visent jamais à se saisir de l’instant qui se dérobe mais cherchent à atteindre ce qui est essentiel. Une construction rigou­reuse, un dessin appuyé et une palette nuancée sont toujours chez lui au service de la création d’une image qui abhorre l’effet et privilégie l’harmonie.
Le réalisme magique qui caracté­rise l’œuvre de Rouart n’a guère son pareil. Nourri d’une évidente fascination pour les nabis, fort d’une dimension mystérieuse qui le préserve de toute lecture anecdotique, il décrit un monde inédit. Son fils, l’académicien Jean-Marie Rouart raconte comment son père « s’abstrayait du monde réel, et tentait de rejoindre ce monde idéal de l’art qui ajoute l’esprit à la nature, et crée une autre beauté plus spirituelle à partir de celle qu’offre un paysage ». C’est tout dire de la nature de sa démarche.

« Augustin Rouart : le réalisme magique », musée des Années 30, espace Landowski, 28 avenue André Morizet, Boulogne-Billancourt (92), tél. 01 55 18 46 42, 19 janvier-5 mars.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°577 du 1 février 2006, avec le titre suivant : Augustin Rouart

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