Société

BIENNALE D’ART CONTEMPORAIN

Au Whitney, échos du tumulte

Par Frédéric Bonnet · Le Journal des Arts

Le 7 juin 2017 - 451 mots

Politisée, empreinte de préoccupations humanistes, la Biennale du Whitney livre le regard percutant des artistes américains sur leur époque.

New York. À peine sorti de l’ascenseur, le visiteur de la 78e Biennale du Whitney Museum, à New York, est pris dans un brouhaha, une sorte d’agitation ambiante, d’électricité dans l’air. D’emblée la manifestation ne semble pas sage : dans un accrochage relativement ouvert se côtoient des formes énergiques voire un rien provocantes. Il en est ainsi d’une installation de Jon Kessler issue de « The Floating World » où deux mannequins portant des maillots de bain aux motifs d’immeubles, munis de tubas et de masques de réalité virtuelle, sont entourés par des écrans à plasma qui forment un plan légèrement mouvant et couvert de motifs de vagues… tirés d’un livre de Bridget Riley filmé en direct ! Soit un questionnement efficace tant des dérives de l’urbanisme que des dérèglements sociaux et environnementaux liés au changement climatique.

Ce qui de toutes parts explose dans cette exposition organisée par Christopher Y. Lew et Mia Locks, c’est l’exploration d’une violence sociale aux multiples facettes. Les soixante-trois artistes et collectifs invités adoptent pour la plupart un discours critique sur l’époque, sur la relation à l’autre, sur la violence urbaine, les inégalités sociales, les tensions raciales, les extrémismes politiques d’un monde avançant à vive allure et en proie au tumulte.

Violence disait-on. Elle éclate d’une manière extrême dans une proposition de Jordan Wolfson qui résonne comme un douloureux constat en même temps qu’un avertissement : muni d’un casque de réalité virtuelle qui l’isole du réel, le spectateur est soudainement confronté aux images d’un homme qui littéralement explose la tête d’un autre sur un trottoir à coups de batte de baseball ; en outre, l’homme semble vouloir nous impliquer dans l’action par le fait qu’il nous regarde droit dans les yeux.

Une dimension activiste domine également dans l’exposition, comme dans l’installation du collectif Occupy Museums, fondé en 2011 lors du mouvement pacifique Occupy Wall Street. Ce projet, « Debtfair », pointe l’importance de la dette en général – celle des artistes en particulier – et son impact, une déstabilisation des communautés artistiques les plus faibles économiquement, au profit d’une élite. Plus loin, c’est Cameron Rowland qui, à l’aide de documents officiels, s’intéresse à la manière dont des investissements sont réalisés en utilisant des services sociaux.

Mais, et c’est là que le bât blesse, lorsqu’on constate que les formes – la peinture notamment, étonnamment très présente mais redoutablement mauvaise ou inexpressive dans l’ensemble – livrées par nombre d’artistes parmi les plus jeunes sont souvent assez convenues et bien moins énergiques que celles de nombre de leurs aînés, tels Kessler, Henry Taylor ou William Pope. L, toujours aussi percutants.

Whitney Biennial 2017

Jusqu’au 11 juin, Whitney Museum of American Art, 99 Gansevoort Street, New York.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°481 du 9 juin 2017, avec le titre suivant : Au Whitney, échos du tumulte

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