Au large de Brunei, l’archéologie explore les profondeurs

Le Journal des Arts

Le 23 novembre 2001

En 1997, la jonque de Brunei est découverte au large de Bornéo. Le produit de la fouille est présenté à la Conciergerie. Ce naufrage, situé autour de 1600, démontre l’importance de Brunei pour le commerce en mer de Chine.

PARIS - Le but de la présentation de ce travail archéologique est de dévoiler le cheminement depuis la découverte d’un site jusqu’à la lecture des éléments réunis dans un contexte précis. Toutes les étapes préparatoires et l’évolution du projet constituent le fil conducteur de l’exposition. Tout a commencé lorsque Elf Petroleum Asia découvre en mai 1997, au cours d’une prospection sous-marine, un tumulus couvert de jarres, au nord-ouest de l’île de Bornéo. La firme propose au sultanat de Brunei d’assumer la charge financière des fouilles, et le gouvernement français demande à Michel L’Hour, ingénieur au Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines du ministère de la Culture de diriger cette mission. Les fouilles sont programmées de mai à août 1998, et une équipe internationale de 140 personnes est constituée (archéologues, plongeurs, restaurateurs, photographes, ...). Les conditions sont très mauvaises, l’épave repose à -63 mètres, sur un fond vaseux et dans une eau turbide. La visibilité se situe entre 50 et 100 cm. En deux mois près de 14 000 pièces sont remontées : céramiques et porcelaines, bracelets en pâte de verre, barres métalliques, gongs en bronze,... La rupture de l’équilibre du milieu dans lequel ces objets étaient préservés peouvant leur être  funeste, les restaurateurs interviennent immédiatement. Les pièces sont nettoyées à l’eau douce, afin d’éviter la cristallisation de sel à la surface des céramiques. Le risque de corrosion du mobilier métallique est conjuré par des bains chimiques ou par un traitement électrolytique. Sont ensuite entrées dans la base de données les références de chaque objet qui est adjoint d’une photographie et parfois d’un dessin. Les analyses de tous ces documents permettent d’avancer que la jonque suivait la route orientale du commerce en mer de Chine méridionale, réservée essentiellement aux échanges régionaux, et que sa destination était Brunei. Cette découverte met en lumière le rôle économique majeur du sultanat dans le commerce maritime à la fin du XVe et au début du XVIe siècle, datation rendue possible grâce aux pièces thaïes, vietnamiennes et chinoises de la cargaison qui contenait, entre autres, des porcelaines bleu et blanc. La jonque, trop lourdement chargée, aurait chaviré lors d’une tempête. L’exposition a bénéficié de moyens exceptionnels permettant de recréer l’ambiance sous-marine, et de présenter de manière didactique les différentes étapes.

- LA MÉMOIRE ENGLOUTIE DE BRUNEI, jusqu’au 7 janvier 2002, la Conciergerie, bld du Palais, 75001 Paris, tél. 01 53 73 78 53, tlj de 9h30 à 19h, le mercredi jusqu’à 23h. Catalogue, 350 F.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°137 du 23 novembre 2001, avec le titre suivant : Au large de Brunei, l’archéologie explore les profondeurs

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