Dimanche 18 novembre 2018

Attention au bio

Par Bénédicte Ramade · L'ŒIL

Le 1 avril 2003 - 402 mots

Tout ce qui est bio n’est pas sain. Une demi-douzaine d’artistes le démontre à Nantes ; le bio n’est plus auréolé de l’innocence due au dénuement de sa culture, à cette absence de molécules chimiques qui le caractérise. Pour l’art, le biologique mute et laisse augurer bien des dérives et des abus.
Le Bio-Art n’est pas un art baba cool versé dans la culture hors-sol du chanvre, ni dans l’élevage zen en galerie, le Bio-Art se mesure plutôt aux laboratoires et aux formules chimiques, revêt une blouse blanche et prend un malin plaisir à faire frissonner le spectateur candide. Ni écolo, ni naïf, cet art technologique joue au savant Frankenstein avec des plantes hybrides (George Gessert) ou des papillons « trafiqués » avant la naissance (Marta de Menezes) afin de les rendre uniques sans en altérer le code génétique.
Mais que cherchent vraiment ces artistes, davantage attirés par les pipettes et les formules savantes que par les pinceaux ? Si certains critiquent les dérives de la toute-puissance scientifique et de son manque de transparence, du danger de l’eugénisme ou d’un possible dérapage génétique, d’autres s’amusent simplement à jouer au savant fou, rappelant que depuis bien longtemps les artistes se sont arrogé le statut de démiurge. Ils créent des créatures improbables, comme le lapin fluorescent Alba d’Eduardo Kac ou les poupées vivantes du groupe Symbiotica, spécialisé en culture tissulaire. Ces Australiens travaillent en coopération avec une université de Perth, et ont mis au point une technique bien particulière qui pourrait changer la face de l’élevage et de la culture végétarienne. À partir d’un prélèvement effectué sur une grenouille et greffé sur un support de biopolymère, les artistes espèrent « élever » autant de steaks de grenouille qu’il sera nécessaire pour les offrir au public lors d’un grand barbecue prévu le 4 mai prochain. Alternative à l’abattage cruel et à l’exploitation animale ou vœu pieux ? Peut-être. À l’heure où la brebis Dolly vient de mourir, il est permis d’écarquiller les yeux lorsqu’on regarde les réalisations artistiques dans ce domaine, car on comprend avec effroi que les scientifiques vont encore plus loin, en toute discrétion. Entre mégalomanie et réelle intention de faire avancer les choses et les consciences, il convient de prendre tout cela avec des pincettes et surtout de regarder ce que l’on nous fait avaler.

NANTES, Le Lieu Unique, quai Ferdinand Favre, tél. 02 40 12 14 34, www.lelieuunique.com, jusqu’au 4 mai.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°546 du 1 avril 2003, avec le titre suivant : Attention au bio

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