Samedi 14 décembre 2019

Musée

Paris-18e

Art japonais non aligné

Halle Saint-Pierre - Jusqu’au 10 mars 2019

Par Colin Cyvoct · L'ŒIL

Le 20 décembre 2018 - 337 mots

PARIS

Si l’idée de liberté de créer ce qu’on veut, comme on veut, peut aujourd’hui avoir un sens, c’est bien en se rendant à la Halle Saint-Pierre que l’on peut l’éprouver.

Les œuvres les plus radicalement diverses et libres réalisées par cinquante et un créateurs japonais contemporains en rupture de normes esthétiques et formelles, dont seulement cinq femmes, nous confrontent à des présences toutes plus fantasques les unes que les autres. Confronté à ces imaginaires et ces productions débridés, un regard occidental peut-il appréhender des spécificités japonaises ? Martine Lusardy, commissaire de l’exposition, répond clairement : « On chercherait vainement, dans cette harmonie dissonante de singularités que forme cet art brut japonais, une école nippone. Ce n’est donc pas la culture en elle-même qui y est agissante, mais plutôt la façon dont l’artiste la reçoit, l’interprète et réagit à son égard. » C’est clair, on est avant tout confronté à un foisonnement de formes, de matières et de couleurs réellement hors normes, y compris nippones. On retrouve bien sûr les étranges créatures animales ou humaines en argile émaillée hérissées d’aiguillons de Shinichi Sawada (né en 1982), devenu un parangon de l’Art brut japonais depuis sa présence à la 55e Biennale de Venise en 2013. Ce même artiste fabrique aussi, avec d’innombrables petits bouts de papier déchirés, de la colle et tout ce qui lui tombe sous la main, des camions, des voitures, des bus et des trains tous différents, chacun soigneusement conçu avec des portes et des capots qui s’ouvrent et se ferment ou des bennes qui se soulèvent. Deux hibakusha, terme désignant les survivants des bombardements nucléaires d’Hiroshima et de Nagasaki, Masaki Hironaka (né en 1939) et Yukio Karaki (1929-2016), font référence à leur vécu dramatiquement particulier. Tous deux, enfant ou adolescent, se trouvaient à moins de 4 km de l’hypocentre de la bombe d’Hiroshima. Témoins de l’éclat foudroyant à rien d’autre comparable et de l’enfer qui s’est ensuivi, le premier a réalisé d’innombrables petits dessins parfois coloriés, le second onze peintures à l’huile, intenses visions de réalités indicibles.

« Art brut japonais II »,
Halle Saint-Pierre, 2, rue Ronsard, Paris-18e, www.hallesaintpierre.org

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°719 du 1 janvier 2019, avec le titre suivant : Art japonais non aligné

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