Mercredi 14 novembre 2018

Arnaud Claass : un rite de la minutie

Rétrospective à la Maison européenne de la photographie

Le Journal des Arts

Le 1 octobre 1996 - 497 mots

Arnaud Claass est présent sur la scène photographique française depuis plus de vingt ans, mais un peu absent aussi, de plus en plus discret, comme en retrait des modes, assez tapageuses il est vrai. Professeur à l’École nationale de la photographie d’Arles depuis 1982, il tisse lentement une œuvre subtile qui peine parfois à trouver son unité.

PARIS - Arnaud Claass avait commencé, dans les années soixante-dix, lors de séjours en Amérique du Nord, par une photographie d’errance, de repérage urbain, "sous influence" de ces aînés omniprésents qu’étaient Frank, Friedlander, Evans, Gibson. Cela avait donné Ellipses (1976) et Contretemps (1979). Il admet être passé, autour de 1979, par une crise personnelle d’où il émergera par des écrits théoriques – sa participation aux Cahiers de la photographie, notamment –, par son installation en Provence et des sujets plus ruraux – il fut peut-être le premier de cette génération à reparler de "paysage" –, et par cette porte étroite de la relation méticuleuse avec l’image, avec le cadrage et la juste distance, mais aussi avec le non-dit, la suggestion, la quête du regard qui discerne mal ce qui est à voir.

En 1987, Arnaud Claass reconnaissait, dans le numéro des Cahiers de la Photographie qui lui était consacré, l’importance d’une culture photographique, d’une connaissance de l’histoire de la photographie, en même temps qu’il stigmatisait les "dégâts" de certaines affirmations de Barthes. Position courageuse, qui le mettait en marge en affirmant que chacun réinvente la photographie pour soi, mais correspondait mieux à son éthique du retrait et de la quête minutieuse. La photographie s’apparente ici à un rite – le mot et l’idée reviennent dans ses "notes de travail" reproduites dans le catalogue –, c’est-à-dire une pratique d’apprivoisement des cho­ses ; la série des Paysages miniatures et des Paysages minutieux (1977-1982) est à cet égard la plus significative, une matière de feuillages proliférants ("catastrophes de brindilles", écrit-il) qui invitent à déchiffrer à la loupe ses tirages, d’un inhabituel petit format.

On retrouve cette attention aux détails accumulés dans les Lapidaires (1990-1992), qui font se rejoindre le lointain et le gros plan. Les autres séries déclinent, par des regroupements parfois obscurs, ces précautions de voisinage, de cadrage, de distance, de mise au point ou de flou : Continuités (1982-1985), Silences (1985-1988), Enfances (1988-1990), mais la plus récente (Précaire, 1992-1996) n’est certainement pas la plus neuve. Sans doute ne faut-il pas juger ce travail en termes de novation mais d’adéquation avec les choses, et avec certains êtres proches, comme par une minutie du sentiment. D’aucuns lui refuseront peut-être une adhésion en bloc à ce rite d’approche, mais n’est-ce pas le sens de ces séries que de proposer diverses voies d’accès ou de­meures, pourvu qu’on se sente parfois chez soi ?

ARNAUD CLAASS, PHOTOGRAPHIES 1968-1995, jusqu’au 10 novembre, Maison européenne de la Photographie, 5/7 rue de Fourcy 75004 Paris, tlj sauf lundi, mardi et jours fériés 11h-20h.
PRÉCAIRE 1992-1996, jusqu’au 31 octobre, galerie Michèle Chomette. Catalogue éd. Actes Sud, 160 p., 225 F.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°29 du 1 octobre 1996, avec le titre suivant : Arnaud Claass : un rite de la minutie

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