Archéologie

Aristocratie disparue

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 2 juillet 2008 - 447 mots

Le Musée de Bibracte évoque l’art figuré des situles datant de l’époque d’Hérodote.

SAINT-LÉGER-SOUS-BEUVRAY  - « Ici, nous fouillons davantage les poubelles que les tombes princières. Les expositions nous permettent donc de faire venir des objets plus spectaculaires », explique d’emblée Vincent Guichard, directeur général de Bibracte, l’ancienne capitale des Éduens située sur le mont Beuvray (Bourgogne) et devenue le haut lieu de l’archéologie celtique française. Coproduite avec le Naturhistorisches Museum de Vienne et bénéficiant de prêts venant d’une dizaine de musées européens, la dernière exposition en date est consacrée à l’« art des situles ». Soit un art figuré datant de l’époque d’Hérodote, aux Ve-IVe siècles, et localisé à l’est de l’arc alpin, entre le Pô et le Danube (Autriche, Slovénie, Italie du Nord). Étymologiquement, le mot latin situla désigne les seaux en bronze utilisés pour mélanger l’eau et le vin lors du service du banquet. Ces objets réservés à l’élite étaient ornés d’un décor en frise au repoussé, illustrant les moments importants de la vie aristocratique : libations, scènes de chasse, combats, processions, rites de fertilité. « Le plus surprenant, poursuit Vincent Guichard, est qu’ils présentent un style artistique homogène chez les Celtes, les Étrusques ou les Illyriens. Cet art n’est donc pas l’expression d’une culture particulière, mais d’un mode de vie similaire. » Or celui-ci a vraisemblablement été codifié dans ces décors historiés, qui figurent l’image des chefs, assis sur leur trône et coiffés de larges chapeaux. Deux très beaux exemplaires originaux en témoignent. Ainsi de la Situle de Vace (fin du VIe s.-début du Ve s. av. J.-C., Ljubljana, Narodni muzej Slovenije), provenant de Slovénie et déroulant ses élégantes frises de chars, et de la Situle de Kuffern (v. 400 av. J.-C., Naturhistorisches Museum, Vienne), l’une des plus récentes, mise au jour en Basse-Autriche, et représentant des scènes de cour. Ces pièces maîtresses sont accompagnées d’une soixantaine d’objets découverts dans des tombes, telle cette vaisselle en bronze provenant de la célèbre nécropole de Hallstatt, en Autriche. Ou encore cette très belle plaque de ceinture en tôle de bronze issue elle aussi de Vace (fin du VIe s.-début du Ve s., Naturhistorisches Museum), qui figure des cavaliers affrontés, un thème plus rare sur les situles. Ils sont rassemblés dans un parti pris scénographique dépourvu de textes, à la fois pour évoquer cette époque sans écriture mais surtout pour faciliter l’itinérance d’une exposition destinée à voyager.

SITULAE. IMAGES D’UN MONDE DISPARU

Jusqu’au 5 octobre, Musée de Bibracte, mont Beuvray, 71990 Saint-Léger-sous-Beuvray, tél. 03 85 86 52 35, tlj 10h-19h, www.bibracte.fr - Direction du projet : Anton Kern, Naturhistorisches Museum, Vienne ; Vincent Guichard, directeur général de Bibracte - Scénographie : Reinhard Golebiowski, Naturhistorisches Museum de Vienne

Le pari de l’archéologie

L’époque où un président de la République, en l’occurrence François Mitterrand, inscrivait au programme des grands travaux de l’État la mise en valeur d’un site archéologique d’intérêt national semble aujourd’hui révolue. C’était en 1985 et Bibracte, l’ancienne agglomération de la fin de l’âge du fer du mont Beuvray, où César écrivit les dernières lignes de La Guerre des Gaules, allait devenir l’un des plus grands sites de fouilles programmées en France, combinant lieu d’accueil pour les chercheurs du monde entier et musée. Inauguré en 1995, cet équipement pourtant isolé au cœur du Morvan démontre encore aujourd’hui sa pertinence. Le musée accueille plus de 40 000 visiteurs par an et le site – qui a permis de redécouvrir la civilisation gauloise – plus de 80 000. Depuis le 1er janvier 2008, la société d’économie mixte créée pour gérer l’ensemble a été transformée en établissement public de coopération culturelle (EPCC), associant l’État et les collectivités locales. Doté de 4 millions d’euros de budget de fonctionnement, financés à 50 % par l’État et à 25 % par des ressources propres, provenant principalement de l’exploitation forestière du domaine, Bibracte vient de recevoir le label « Grand Site de France ». Une mise à niveau de l’accueil du public, une montée en puissance de l’offre culturelle mais aussi un plan de gestion paysagère du site à un siècle sont désormais à l’ordre du jour.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°285 du 4 juillet 2008, avec le titre suivant : Aristocratie disparue

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