Samedi 15 décembre 2018

Architectures sur la lagune

Par Sophie Flouquet · L'ŒIL

Le 1 septembre 2004 - 664 mots

Pour sa IXe édition, la Biennale internationale d’architecture de Venise s’ancrerait-elle dans la voie de la prospective ? C’est en tout cas l’objectif annoncé par le directeur de cette édition 2004, l’éminent chercheur et enseignant suisse Kurt W. Foster. Après une session 2002 consacrée par l’architecte et critique britannique Dusan Sudjic à l’avenir proche de l’architecture (intitulée « Next ») – dans un climat alourdi par l’anniversaire des attentats du World Trade Center – cette nouvelle biennale se veut le reflet des mutations qui agitent la société mais aussi le milieu de l’architecture. Écartée, donc, la vision historique des premières biennales, encore évoquée à l’entrée du bâtiment des Corderies. « Catalyseur des grandes expériences sociales et culturelles », l’architecture, selon Kurt W. Foster, a abandonné depuis une dizaine d’années toute référence théorique pour entrer dans un monde de formes nouvelles, créées par ordinateur, « nouvelle sève de l’architecture », comme en témoignent les curieux « blobs » ou bâtiments « déconstructivistes » qui émergent aux quatre coins des pays riches. Prenant acte de cette invasion, ce grand rendez-vous international, qui réunit plus de cent soixante-dix agences d’architectures, se devait dès lors d’assumer son rôle de laboratoire.
L’exposition « Métamorph » se déroule entre les Corderies et le pavillon italien, surmonté pour l’occasion d’un éclair stroboscopique – de génie ? Dans ce dernier se succèdent expositions photographiques (Armin Linke, Giovanni Chiaramonte, Nanni Baltzer…), propos sur l’architecture avec une exposition consacrée aux salles de concert, depuis la mythique salle du philarmonique de Berlin construite par Hans Scharoun (1963) jusqu’au récent Disney Concert Hall de Frank Gehry. Suit une section consacrée aux « intérieurs italiens », destinée à montrer qu’en ce domaine les Italiens n’ont rien perdu de leur superbe. Mais c’est dans le bâtiment des Corderies, mis en scène par le cabinet Asymptote, que sont exposés les thèmes « métamorphiques » de l’architecture. Ainsi des transformations telles que les pratiquent Greg Lynn ou Michele Saee (auteur de la nouvelle façade du Drugstore Publicis à Paris) sur des édifices discrédités. Vient ensuite l’évocation, autour de la figure incontournable et chère à Forster de l’Américain Peter Eisenman,  d’un courant architectural qui pratique la stratégie de l’infiltration. Niant l’idée d’érection du bâtiment, celui-ci pénètre par des failles dans le sol pour en agiter la surface. Se succèdent ensuite les architectures dites de torsion dans lesquelles l’angle n’existe plus, ou encore ces architectures « métabolistes », bâtiments conçus comme des organismes vivants et prêts à digérer tout cru l’usager. L’ensemble s’achève avec la présentation des « hyper-projets », ces bâtiments spectaculaires que chaque métropole veut aujourd’hui se targuer de faire construire, dans la lignée du musée Guggenheim de Bilbao. Architectures pour magazines de mode ?
Mais la biennale est aussi un grand rendez-vous international, avec ses pavillons nationaux disséminés dans les Giardini. Côté français, le commissariat est assuré par Françoise-Hélène Jourda. À partir du thème de la métamorphose, l’architecte lyonnaise a conçu trois scénarios décrivant le fonctionnement d’une ville fictive, située entre Paris, Saint-Denis et Aubervilliers, en 2014, 2034 et 2064. Sur ce site, les synopsis ont été livrés à la réflexion de trois équipes d’architectes et paysagistes, constituées de noms connus (dont Ricciotti, Madec, Lacaton, Vassal et Soler) et moins connus de la profession. Le fruit de ces recherches sur la manière de fabriquer durablement l’espace de la ville est relaté dans l’exposition française, grâce à des maquettes mais aussi des témoignages et des documents filmés pendant l’expérience. Pour les amateurs qui n’auront pas la chance d’aller jusqu’à Venise, l’Institut français d’architecture (IFA) hébergera peu après ce pavillon.

IXe exposition internationale d’architecture, VENISE, 12 septembre-7 novembre, www.labiennale.org. Catalogue en 3 volumes, dont l’un faisant office de guide portatif (50 euros). De nombreuses autres expositions d’architecture sont à voir pendant cette période à Venise et sur la terre ferme : architectures écossaises contemporaines (Arsenal) ; Lina Bo Bardi (Ca’Pesaro) ; installation de Peter Eisenman (jardin du musée de Castelvecchio, Vérone) ; Carlo Scarpa et la photographie (Vicence) ; Ron Arad (Vicence)...

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°561 du 1 septembre 2004, avec le titre suivant : Architectures sur la lagune

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