Histoire

Apollinaire le militaire

Le Journal des Arts

Le 21 septembre 2007

PÉRONNE - « Avec des objets forts, on évoque un contexte, explique Thomas Compère-Morel, directeur de l’Historial de la Grande Guerre, à Péronne. L’idée est de confronter ce croisement étonnant de la poésie et de l’horreur de la guerre. » « Appolinaire au feu », l’exposition présentée au musée, développe un aspect peu connu de la vie de Guillaume Apollinaire (1880-1918) : sa carrière militaire.
En préambule au parcours se dresse la photographie d’Apollinaire grandeur nature en uniforme de sous-lieutenant. Une allée de gravier guide le visiteur vers les 150 œuvres originales. La scénographie épurée de Martin Michel (lieu clos, murs blancs et vitrines comme unique source de lumière) rend particulièrement lisible le parcours chronologique.
« Je me suis engagé sous le plus beau des cieux. » Comme beaucoup d’artistes étrangers résidant à Paris, Apollinaire défend la France, patrie des arts. Sa demande d’incorporation, datée du 5 août 1914, est présentée dans l’exposition. Officiellement russe polonais, il réclame également sa naturalisation. Le 4 décembre 1914, Apollinaire réussit le concours des élèves officiers de réserve. Cartes géographiques et correspondances retracent la « vie de cow-boy du Far West » que mène le poète de la 45e batterie. Paradoxalement, son devoir de militaire n’ampute en rien sa production littéraire. Cendrars le lui reprochera souvent, lui-même s’abstenant de mêler le combat et les lettres. Pour remédier à l’éprouvant quotidien, quand il ne s’adonne pas aux calligrammes, Apollinaire fabrique des porte-plume, des encriers ou des bagues, comme celle gravée « Guy aime Lou ». Le paroxysme de sa poésie de guerre est atteint en juin 1915 avec Case d’Armons, un recueil de 21 poèmes qu’il écrit et imprime en deux semaines grâce au matériel du journal de la 45e batterie.
De juin 1915 à mars 1916, sa création se raréfie et son moral décline. En mars de la même année, il reçoit son avis de naturalisation par décret, et un éclat d’obus à la tempe droite. Son casque troué et l’exemplaire du Mercure de France qu’il lisait à ce moment en témoignent. En 1914, Giorgio De Chirico peignait Apollinaire portant des lunettes de soleil et la tempe prise pour cible. Ce Portrait prémonitoire prend a posteriori tout son sens. « Une étoile de sang me couronne à jamais », dira-t-il. Le bandeau de cuir protégeant sa cicatrice, les photos de Georges Duhamel, médecin au front, et celles le montrant blessé à l’hôpital rendent compte du choc. Dès sa convalescence, il revient à l’exercice poétique et se marie en mai 1918 avec Ruby, son nouvel amour.
Le 9 novembre 1918, Guillaume Apollinaire meurt de la grippe espagnole. « La guerre même a augmenté le pouvoir que la poésie exerce sur moi et c’est grâce à l’une et à l’autre que le ciel désormais se confond avec ma tête étoilée », avait-il écrit dans Femme assise, à propos de cette guerre dont il n’aura pas connu l’armistice.

Apollinaire au feu

Jusqu’au 12 juin, Historial de la Grande Guerre, château de Péronne, 80201 Péronne, tél. 03 22 83 14 18, www.historial.org, tlj 10h-18h (sauf le lundi jusqu’au 31 mars).

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°211 du 18 mars 2005, avec le titre suivant : Apollinaire le militaire

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