Anne Brégeaut

Le Journal des Arts

Le 9 novembre 2001

À l’occasion de son exposition personnelle à la galerie Cent8, Anne Brégeaut a répondu à nos questions.

Le langage et plus particulièrement le texte sont très présents dans votre exposition. Est-ce une constante dans votre démarche ?
Le texte a toujours été très présent dans mon travail. Quasiment toutes mes pièces en contiennent, mais il est vrai que cette exposition coïncide avec une période où je me dirige de plus en plus vers ces questionnements du langage et de la narration. Les toiles que je présente, par exemple, sont des portraits où, paradoxalement, la figure humaine est absente. À la place d’un visage apparaissent seulement quelques phrases pour évoquer la personne, mais le spectateur demeure dans l’incapacité de savoir qui est cette personne.

Quels rôles jouent la couleur et le caractère typographique du texte dans cette œuvre ?
J’ai dans l’ensemble de mes travaux une palette plutôt acidulée qui s’apparente assez bien avec les notions d’humour et de fausse naïveté que j’aime associer à mes œuvres. Ici, j’ai choisi la couleur en fonction de la phrase et de la personne à laquelle je me référais. Quant aux phrases, elles sont écrites en caractères d’imprimerie afin d’instaurer une certaine distance, car les textes étaient déjà très intimistes. Comme il s’agissait de peinture, cela m’a semblé logique de les peindre, ce qui leur donne un aspect “manuscrit” imparfait qui me plaît.

Le personnage de Pénélope apparaît de façon récurrente dans votre travail. Pouvez-vous nous parler de cette nouvelle pièce ?
J’ai en effet consacré par le passé deux pièces à Pénélope. L’une d’elles s’appelle La Punition de Pénélope, elle est composée d’un ruban de 7 mètres de long enroulé sur lui-même et sur lequel était brodée la phrase “Je t’aime”, répétée plusieurs fois. Je m’étais inspirée de la maxime “Vous me le copierez cent fois”. Ce qui m’intéresse, ce sont les images qui sont associées à Pénélope : l’attente, et le caractère obsessionnel de la répétition qui peut amener paradoxalement à l’oubli et au détachement. Dans l’œuvre présentée actuellement à la galerie, j’ai choisi d’extraire de l’Odyssée, les pages où Pénélope est évoquée. Il s’agit exclusivement du chant 17, et même dans ce chapitre, elle est très peu présente, isolée comme dans son île. J’ai ensuite découpé avec un cutter tous les mots qui ne la concernaient pas. Ce travail rejoint d’une certaine manière l’activité besogneuse que la femme d’Ulysse s’imposait. Formellement, cette œuvre possède un côté rythmique qui m’intéresse, elle ressemble à une partition musicale et l’on retrouve l’idée de chant d’origine.

Galerie Cent8, 108 rue Vieille-du-Temple, 75003 Paris, tél. 01 42 74 53 57, jusqu’au 22 décembre.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°136 du 9 novembre 2001, avec le titre suivant : Anne Brégeaut

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