Dimanche 19 janvier 2020

André Masson fait une escale à Montparnasse

Par Jean-Christophe Castelain · L'ŒIL

Le 28 janvier 2011 - 420 mots

Le garage automobile à l’entrée de l’impasse n’est pas très engageant. Mais, une fois franchi le portail qui le jouxte, on se retrouve dans une étroite allée bordée de bâtiments chancelants, couverts de végétaux qui détonnent dans cet environnement de béton.

Le chemin du Montparnasse, puisque c’est ainsi qu’il se nomme, dessert des ateliers d’artistes construits au début du XXe siècle avec des matériaux récupérés lors de l’Exposition universelle de 1900. C’est ici que le musée du Montparnasse a élu domicile en 1998 sous l’impulsion du photographe Roger Pic. Il n’a pas vraiment les apparences d’un musée, et ses trois petites salles mal foutues sur deux niveaux n’ont rien du White Cube. Ce n’est d’ailleurs pas un musée puisqu’il ne possède pas de collection. Mais il se dégage des lieux une atmosphère de MJC de province, sympathique et vivante, à l’image de son président Jean Digne. Ce dernier veut en faire un carrefour où se rencontrent les diasporas du monde entier. Dont acte.  Pour l’heure, il y a organisé une exposition sur André Masson et Paris. Quels liens le peintre surréaliste (1896-1987) entretient-il avec Montparnasse ? Pas beaucoup, si ce n’est qu’il habita rue Blomet, à quelques hectomètres de là. Du reste, Paris fut surtout pour Masson une ville étape où il résidait entre ses différents séjours en province et à l’étranger. Mais Paris savait le séduire et lui a fourni le thème de plusieurs dessins ou toiles. 

Les prêts (de la famille de l’artiste) étant un peu courts pour une exposition conséquente, Anne Egger, la commissaire, a pris le parti de mettre ces œuvres en regard de photographies d’époque. C’est parti pour un grand bain nostalgique : la Seine, les prostituées de la rue Saint-Denis, les halles, les scènes de genre. Les œuvres de Masson résistent plus ou moins bien à cette confrontation involontaire. Mais, le plus souvent, la vigueur du trait ou la chaleur de la palette retiennent tout autant l’attention que la force documentaire des clichés.  La boucle est bouclée lorsque Masson, qui s’était exilé aux États-Unis pendant la guerre, s’inspire de clichés sur la Libération de Paris pour fabriquer son propre regard sur ces événements. Le musée du Montparnasse ne rivalise pas avec le Louvre et Masson n’est pas le meilleur des peintres surréalistes, mais l’addition de l’un et l’autre est l’occasion de visiter un lieu inattendu au pied de cette affreuse tour Montparnasse.

Voir

« Un nomade à Paris, André Masson », musée du Montparnasse, 21, avenue du Maine, Paris (XVe), jusqu’au 3 avril 2011, www.museedumontparnasse.net

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°632 du 1 février 2011, avec le titre suivant : André Masson fait une escale à Montparnasse

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