Dimanche 24 octobre 2021

LES DEFIS DU MNAM

Alfred Pacquement, ancien directeur du MNAM : "au centre pompidou, va se poser la question de l’espace "

Par Isabelle Manca · L'ŒIL

Le 13 décembre 2013 - 795 mots

Parti en retraite en décembre, Alfred Pacquement a dirigé le Musée national d’art moderne – Centre de création industrielle durant treize ans. Il cède sa place à Bernard Blistène.

Au cours des dernières années, les musées ont connu une évolution spectaculaire, comment le MNAM fait-il face à la concurrence internationale ?
A. P. Depuis son ouverture en 1977, le Centre Pompidou a été un modèle qui a inspiré la création de nombreux musées. Aujourd’hui, le climat est nettement plus concurrentiel et ce n’est pas simple de rester dans le peloton de tête, car le marché de l’art a explosé, contrairement aux crédits d’acquisition. C’est notamment pourquoi nous avons tenu à impliquer davantage les collectionneurs à notre politique d’enrichissement et à aller là où le marché ne va pas encore. Notre collection moderne est l’une des plus riches au monde, et nous devons faire en sorte d’être également exemplaires dans la représentation des scènes émergentes. Car c’est en restant un musée de référence que nous convaincrons des partenaires internationaux de nous soutenir.

Les grands musées font l’objet de pressions extérieures, alors qu’ils n’ont plus les moyens de leur indépendance financière. Quels sont les garde-fous ?
Il y a une pression énorme, car les acteurs du marché ont des moyens de plus en plus considérables. La pression est aussi médiatique, puisque les médias rendent davantage compte des manifestations consacrées aux stars qu’aux artistes confidentiels. Mon rôle de directeur était d’être en amont de cette pression, de ne pas la laisser orienter la programmation. Le meilleur garde-fou à cet emballement est la réflexion critique. C’est le travail des conservateurs : analyser, réévaluer, faire des choix audacieux et être le plus possible indépendants des diverses pressions pour sélectionner des œuvres et des artistes de qualité.

Cette réflexion critique se manifeste-t-elle aussi par la recherche au sein du musée ?
Oui, il y a une nette évolution qui se traduit par la création de bourses pour les chercheurs et les liens étroits qui se tissent avec l’Université, entre autres à travers les laboratoires d’excellence. Cette politique de collaboration est un phénomène nouveau dans les institutions françaises, pendant longtemps l’université et les musées ont été deux milieux très étanches. Grâce à sa collection et à sa bibliothèque, le MNAM peut et doit s’imposer comme un acteur et un partenaire du monde de la recherche. D’autant qu’il s’agit d’une dynamique vertueuse qui enrichit l’offre éducative du musée.

Le MNAM n’est-il pas en retard sur la médiation, notamment sur les contenus numériques ?
Le numérique est effectivement peu présent dans les salles du musée, il y a encore quelques réticences de la part des conservateurs à mêler l’œuvre et l’information sur support numérique. Cela se met progressivement en place, c’est clairement un axe de progression. Des équipes travaillent actuellement au remplacement de l’audioguide par un système qui permettra au visiteur de télécharger des contenus sur son smartphone. Cependant, il faut être vigilant, le numérique ne doit pas transformer la vision de l’œuvre ; il doit être un accompagnement, pas un divertissement.

Quels défis attendent Bernard Blistène, votre successeur ?

Je pense que va se poser la question de l’espace dont dispose le musée au sein du Centre, et au-delà, car il a besoin de plus de place pour la monstration de sa collection. Celle-ci, par nature exponentielle, a évolué depuis l’ouverture du Centre. Elle couvrait alors la période 1905-1977 ; aujourd’hui cette période s’étend jusqu’en 2013. Nous conservons davantage d’œuvres, dont une grande partie que nous ne pouvons pas exposer. Nous essayons d’activer la collection par des roulements, des prêts et des projets hors les murs, ainsi qu’avec les expositions du Centre Pompidou-Metz. Mais demain, il sera inévitable de répondre à cette question pour mieux déployer la collection. Je pense que va aussi se poser la question de son développement dans un contexte de restriction budgétaire. Il va falloir faire appel à un mécénat, en particulier international, et l’organiser de manière volontariste. Nous avons commencé à le faire, et cela devrait être un des objectifs pour les années à venir.

Êtes-vous inquiet pour l’avenir ?
La situation est complexe, car les effectifs et les budgets diminuent. Il faut sans doute plus et mieux professionnaliser les équipes par rapport à ces nouveaux objectifs. Mais je ne suis pas inquiet, car je pense que les musées sont des lieux d’éducation et de liberté de plus en plus essentiels. Aujourd’hui, l’institution garde tout son sens, simplement il ne faut pas qu’elle soit dévoyée. Un musée, ce n’est pas seulement un lieu qui déploie une belle collection ; c’est une institution qui doit avoir la recherche, la réflexion et l’éducation comme moteur.

Que souhaitez-vous à Bernard Blistène ?
C’est un remarquable conservateur, qui connaît très bien le musée et les rouages du Centre. Je lui souhaite d’y être pleinement heureux. 

Repères

Conservateur général du patrimoine, né en 1948, Alfred Pacquement a rejoint le Mnam en 1974 en tant que conservateur. Il a ensuite dirigé le Jeu de Paume, puis l’École nationale supérieure des beaux-arts, avant de prendre la direction du Mnam en 2000.

Consulter la fiche biographique de Alfred Pacquement

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°664 du 1 janvier 2014, avec le titre suivant : Alfred Pacquement, ancien directeur du MNAM : "au centre pompidou, va se poser la question de l’espace "

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