Dimanche 26 janvier 2020

Palais de Tokyo - Jusqu’au 16 janvier 2011

Adam McEwen, mystérieux autoportrait

Par Bénédicte Ramade · L'ŒIL

Le 15 novembre 2010 - 351 mots

Qui est Adam McEwen ? L’exposition ne répond pas à la question, mais n’en est pas moins l’une des plus passionnantes en ce moment à Paris.

Si l’expérience confiée à l’artiste Ugo Rondinone en 2008 avait offert un entraperçu de son cerveau, ici, il s’agirait peut-être davantage du disque dur de cet artiste britannique vivant à New York. 

Qu’on connaisse ou non sa pratique, il faut lui reconnaître des dons de commissaire. Précis, pointu, fonctionnant par analogies (elles ne fonctionnent pas toutes, mais certaines sont délicieuses), il n’a pas hésité à sortir de leur écrin patrimonial des sculptures du musée de Cluny dédié au Moyen-Âge. On appréciera particulièrement l’histoire rocambolesque des trois Têtes de Judas provenant de la façade ouest de Notre-Dame de Paris. Décapitées à la Révolution, elles n’ont été retrouvées qu’en 1977 lors d’un chantier, enterrées là en 1796. 

Querelle des images, disputes et hagiographies, pas étonnant que l’accrochage finisse sa course sur une avalanche de maîtres étalons : les Italiens Gino de Dominicis et Maurizio Cattelan, le Néerlandais Bas Jan Ader, l’Américain Bruce Nauman. Le premier espère, à force de tentatives pathétiques et poétiques d’accélérer le principe darwinien d’évolution des espèces, pouvoir voler ou faire des ronds carrés à la surface d’une mare. Deux vidéos à regarder à l’infini ou comment revisiter les standards du romantisme à la sauce radicale. Et Maurizio Cattelan, son fils spirituel indigne et insolent, expose, entre ces deux élégies au progrès, un coffre-fort fracturé dont le titre,  74.400000, « facture » le montant envolé. Bas Jan Ader prend le thé au milieu d’un piège et Bruce Nauman organise une poursuite sur tapis de course. 

McEwen ne dit pas s’il construit une filiation, pointe un héritage prestigieux et inatteignable (symbolisé par la poursuite sans fin ?), ou s’il cherche à tuer ses pères. Entre principe d’allégeance et iconoclasme, l’artiste apporte une respiration bienvenue dans une programmation du Palais de Tokyo devenue répétitive et peu excitante. Un bel enfer à découvrir d’urgence.

Voir

« Fresh Hell. Carte blanche à Adam McEwen », Palais de Tokyo, 13, avenue du Président-Wilson, Paris XVIe, www.palaisdetokyo.com, jusqu’au 16 janvier 2011.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°630 du 1 décembre 2010, avec le titre suivant : Adam McEwen, mystérieux autoportrait

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