7 clefs pour comprendre Dresde à Versailles

Par Sophie Flouquet · L'ŒIL

Le 1 mars 2006

Soucieux d’égaler les fastes de la cour de Louis XIV, Auguste le Fort fit de la Saxe l’un des foyers les plus brillants de l’art baroque. Versailles expose une sélection de cette collection.

Auguste le Fort, « soleil » de Saxe
Prince-Électeur de Saxe puis roi de Pologne au prix d’une conversion au catholicisme, Auguste le Fort lègue à son fils Auguste III (1696-1763) un territoire qui s’étend jusqu’aux portes de l’Empire ottoman.
Piètre politique, il ne parviendra toutefois jamais à unifier un royaume divisé entre princes catholiques et luthériens. Mais il s’illustre par son mécénat éclairé et dispendieux.
Marqué par son séjour à Versailles, à l’âge de 17 ans, Auguste le Fort s’attache à rivaliser avec la pompe de la cour de Louis XIV, poussant le mimétisme jusqu’à porter des masques figurant le soleil lors de ses fêtes somptueuses. La Saxe devient alors l’une des plus brillantes cours européennes, comme en témoigne d’ailleurs Voltaire.
Homme de tous les excès, Auguste, surnommé le Fort pour sa force physique, est aussi réputé pour sa descendance prolifique : il serait ainsi le père de 345 enfants, dont le maréchal de Saxe (1696-1750), qui brillera au service des armées françaises.

La « Florence de l’Elbe »
Capitale des possessions allemandes d’Auguste le Fort, Dresde connaît son apogée durant la première moitié du XVIIIe siècle. Même si le monarque lui préfère souvent ses résidences de Moritzbourg, Pillnitz ou Varsovie, la cité des bords de l’Elbe bénéficie de sa politique de prestige. Elle est alors dotée d’une imposante parure monumentale : construction du palais du Zwinger, de l’église catholique de la cour et d’une cathédrale protestante (la Frauenkirche)...
Arrivé à Dresde en 1747, le vedutiste Bernardo Bellotto (1722-1780), neveu du Vénitien Canaletto, immortalise à plusieurs reprises la ville avant qu’elle ne subisse les outrages du temps. Sous le feu des Prussiens dès 1763, Dresde est entièrement détruite par les bombardements alliés en février 1945.
Laissés à l’état de ruine par la République démocratique allemande, les monuments ont été patiemment reconstruits à l’identique depuis la réunification. En cette année de ses 800 ans, Dresde offre de nouveau un visage à la mesure de son prestigieux passé.

La Voûte verte
C’est au rez-de-chaussée de sa résidence de Dresde qu’Auguste le Fort choisit de mettre en scène ses précieuses collections d’objets d’art. Dans ce grand « coffre-fort », une suite de salles réaménagées par l’architecte Mathias Pöppelmann permet de déployer les incroyables trésors des Wettin, commandés aux meilleurs artisans ou reçus en présents diplomatiques. Les plafonds de ces salles voûtées, dans lesquelles les miroirs créaient des effets baroques, étaient peints en vert, d’où son nom de Grünes Gewölbe ou « Voûte verte ».
Mobilier d’argent, naturalia, pièces en ivoire tourné, joyaux et gemmes montés… y étaient soigneusement classés par catégories, l’ensemble étant conçu comme un véritable musée, ouvert à la visite publique par petits groupes, placés sous très haute surveillance. Après de longues années d’une rénovation destinée à retrouver son état baroque, la Voûte verte, qui fut l’un des tout premiers musées d’Europe, rouvre enfin ses portes au public.

Un précieux mobilier d’argent
Lors de son séjour à Versailles, Auguste le Fort put admirer le célèbre mobilier d’argent de Louis XIV, fondu dès 1689 pour financer l’effort de guerre. Fort de la présence de nombreuses mines d’argent dans les monts métallifères, il décide à son tour de faire appel aux orfèvres d’Augsbourg, Nuremberg et Leipzig, qui lui livrent une somptueuse vaisselle d’argent blanc et doré.
Mais c’est Johann Melchior Dinglinger (1664-1731) qui va créer pour le souverain les pièces les plus extravagantes, souvent sans même avoir obtenu de commande. Ainsi de l’Obeliscus Augustalis (1719-1722), prêté exceptionnellement par les musées de Dresde, un monument architecturé de plus de deux mètres de hauteur alliant gemmes, émaux, or, argent et mis en valeur par un jeu de miroirs. Conçu comme un véritable hymne à la figure du souverain et de sa famille, il coûta la somme de
60 000 thalers, soit l’équivalent de la construction d’un château.

Incroyables joyaux
Amateur de gemmes précieuses, Auguste le Fort ne possédait pas moins de 14 parures de joyaux (diamant, émeraude, saphir, rubis, agate, écaille, or, argent, cornaline...) qu’il arborait en fonction de ses activités. S’il réservait la cornaline pour la chasse, l’une de ses deux parures de diamants – dont l’une constituée de pierres taillées en forme de rose – était immanquablement portée sur l’un de ses précieux habits de velours à l’occasion des grandes cérémonies.
Le monarque était aussi le détenteur de quelques-uns des plus gros diamants du monde, comme le Blanc de Saxe (49,8 carats) ou encore le célèbre Vert de Dresde, un diamant vert de 41 carats ! Cet incroyable trésor, miraculeusement préservé jusqu’à aujourd’hui, provenait en grande partie des mines de Saxe d’où l’on extrayait alors diamant, argent, émeraude, lapis, jaspe... Lorsqu’elles n’étaient pas portées par les souverains, ces parures étaient exposées dans la salle des joyaux de la Voûte verte.

La passion pour la porcelaine
À sa mort, en 1733, Auguste le Fort laissait plus de 23 000 pièces de porcelaine. Cette passion dévorante le poussa notamment à négocier l’échange de l’un de ses régiments de dragons, soit 600 hommes, afin d’obtenir de son cousin, le roi de Prusse, un ensemble de pièces chinoises précieuses, dont plusieurs grands vases inestimables de l’époque Qing (1644-1722), depuis appelés « vases dragons ». En 1709, la découverte du secret de fabrication de la porcelaine dure par le chimiste Böttger va enfin permettre au souverain d’assouvir pleinement cette ferveur.
Pour préserver le secret de fabrication, une manufacture est installée à quelques kilomètres de Dresde, en plein cœur de la forteresse de Meissen. C’est le début d’une longue histoire de production de pièces allemandes – vaisselle ou pièces de forme –, qui dominent le marché européen jusqu’en 1768, date à laquelle les Français découvrent à leur tour le procédé.
Aujourd’hui encore, la manufacture de Meissen poursuit son activité.

Fêtes fastueuses au palais du Zwinger
Comparée par certains à l’île de Cythère, lieu de tous les plaisirs terrestres, la cour d’Auguste le Fort, et notamment son palais du Zwinger, ont été le cadre de fêtes somptueuses, inspirées des précédents versaillais. Costumes précieux, accessoires de fête, harnais et selles de parade viennent encore témoigner de ce luxe ostentatoire. Malgré les railleries des luthériens, rien n’était alors trop beau pour l’insatiable souverain qui concevait et dessinait souvent lui-même la scénographie de ces bals et banquets.
En 1719, à l’occasion du mariage du futur Auguste III à une fille de la branche des Habsbourg, d’incroyables fêtes se succèdent pendant plus d’un mois. Lors de l’une d’elles organisée sur le thème des planètes, les banqueteurs sont accueillis dans un grand temple de Saturne ayant la forme d’une montagne illuminée, où une parade de quelque 16 000 figurants défile dans un décor en sucre évoquant le travail dans les mines des monts métallifères, source de richesse de la Saxe.

Autour de l’exposition

Informations pratiques L’exposition « Splendeurs de la cour de Saxe » rassemble 256 œuvres de l’âge d’or des princes de Dresde. Elle se tient jusqu’au 23 avril, du mardi au dimanche, de 9 h à 17 h 30. Tarifs : 8 et 6 € après 15 h 30. Château de Versailles (78), tél. 01 30 83 78 00, www.chateauversailles.fr

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°578 du 1 mars 2006, avec le titre suivant : 7 clefs pour comprendre Dresde à Versailles

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