Dimanche 8 décembre 2019

Urbanisme

Un modèle qui fait débat

Par Joséphine Lebard · Le Journal des Arts

Le 23 mai 2019 - 368 mots

Ces réhabilitations éphémères parfois jugées artificielles suscitent l’intérêt de grands acteurs au risque d’évincer les petites structures.

Tout serait-il tout rose au royaume de la friche ? Ce serait évidemment trop simple… Le premier reproche récurrent est celui de la gentrification : ces lieux ne draineraient qu’un public « bobo » et ne seraient pas ou peu fréquentés par les « locaux ». Un argument qui fait bondir Stéphane Vatinel : « Nous qui sommes là 24h/24, je peux vous dire qu’on n’a pas la même forme de population selon l’horaire. L’habitant du quartier des Quatre-Chemins vient plutôt prendre un café à 15h quand le bobo préfère venir prendre l’apéritif à 21h. » Pour Jean-Baptiste Roussat du Plateau Urbain, « les classes dominantes sont toujours plus visibles », quand Fabrice Raffin questionne le « fantasme de la mixité sociale » : « On fait croire que la culture crée du lien social, mais elle génère aussi du conflit, chaque milieu ayant ses propres formes esthétiques. »

Se pose aussi la question de la professionnalisation de la gestion des friches. Sinny & Ooko, La Lune Rousse, Cultplace… Plusieurs entreprises culturelles se sont spécialisées dans la mise en place de ces espaces. Au risque de la standardisation – le fameux duo « palettes en bois et tireuse à bière » – et de l’industrialisation d’une démarche qu’on imagine plutôt spontanée et citoyenne ? « À quel moment quitte-t-on le projet pour le produit ? », s’interroge Jean-Baptiste Roussat, en reconnaissant que « la frontière est ténue ». Et de prendre un exemple précis : « Chez nous, un poulailler n’est pas un objet de déco. Il assure un emploi. » Tout en précisant : « J’aimerais que soit décortiquéce mythe du lieu autogéré. Je ne suis pas sûr d’adhérer à ce récit. Existe-t-il des lieux sans rapports de forces, de gens, d’argent ? »

À Rouen, Simon Ugolin note que ces entreprises culturelles arrivent néanmoins à un tournant. « Le marché est identifié, analyse-t-il. On peut se servir des friches comme levier foncier. Nous allons devoir porter des projets face à des entreprises très établies. Or les “gros acteurs” sont rassurants. Il y a encore un manque de confiance vis-à-vis des associations. Aujourd’hui, si nous proposions notre projet, je ne suis pas sûr qu’il passerait… » L’éternelle histoire de David contre Goliath en Somme.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°524 du 24 mai 2019, avec le titre suivant : Un modèle qui fait débat

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