Tel-Aviv, un terrain vivace

Par Frédéric Bonnet · Le Journal des Arts

Le 14 octobre 2008

Première édition, chic et branchée, de « ART TLV ».

TEL-AVIV - Si « Art Focus » a été créée il y a quinze ans par la Jerusalem Foundation, et reconduite de manière irrégulière au gré du mécénat privé qui la finance à cent pour cent, ce fut entre autres raisons pour répondre à un déséquilibre croissant qui a vu l’essentiel de l’activité culturelle israélienne s’établir à Tel-Aviv.
Véritable enclave hédoniste dans un pays très dur au sein du chaudron proche-oriental, la deuxième ville de l’État hébreu possède en effet tous les atouts nécessaires à une vie culturelle dynamique et rayonnante : de nombreux équipements publics – parmi lesquels le Tel-Aviv Museum of Art n’est pas le moindre –, des galeries, un public informé et demandeur, et une scène créative nombreuse, diverse et énergique.
Dans ce contexte, plusieurs acteurs locaux, ainsi Shifra Shalit-Intrator, fondatrice de la galerie Dvir, sont à l’origine de l’exposition internationale « ART TLV », qui entend devenir un rendez-vous annuel susceptible d’attirer ponctuellement un nouveau public étranger, tout en apportant un autre regard sur la ville et le pays.
Confiée à Andrew Renton, curateur anglais indépendant, l’exposition principale de la première édition, sise au pavillon Helena Rubinstein, fait malheureusement pâle figure en condensant de nombreux travers, à commencer par une absence totale de discours curatorial. Sa proposition s’apparente en effet à une liste un peu chic et branchée des artistes en milieu de carrière qualifiés de « cutting-edge » (à la pointe) sur le plan international – Martin Boyce, Gabriel Kuri, Guyton\\Walker, João Onofre, Aaron Curry, Gedi Sibony, Monika Sosnowska… Leurs œuvres, parfois d’excellente qualité, n’ont rien à se dire dans cet accrochage glacial et sans âme qui tient plus de la foire au design. Avec en prime quelques noms israéliens, façon de faire couleur locale sans doute, parmi lesquels on relèvera pour ses intrigantes peintures celui de Shai Azoulay.
L’intérêt de l’opération réside ailleurs, dans le fait d’avoir confié simultanément à quatre jeunes curateurs israéliens un si grand nombre d’expositions réparties dans plusieurs immeubles du centre-ville. Si les propositions sont de qualité très inégale et souvent brouillonnes, elles ont le mérite de mettre l’accent sur une création locale débridée et particulièrement dynamique, d’où émergent quelques talents. Il sera par exemple intéressant de suivre l’évolution de Joshua Mosley – déjà repéré lors de la dernière Biennale de Venise il est vrai – ou du jeune Uri Nir avec ses voiliers confectionnés en corne de bélier.
Surtout, ces expositions achèvent de démontrer, au-delà de l’intense énergie de la scène locale, que la création artistique israélienne n’est pas vouée à aborder seulement des problématiques d’ordre politique. À l’exception notable de quelques artistes, tel Moshe Ninio, rares sont en effet les créateurs visibles en Europe dont le travail échappe complètement à cette définition. Très – trop – orienté, le regard occidental mériterait de s’attarder sur bien d’autres aspects de l’art israélien.

ART TLV_08

Jusqu’au 18 octobre, Tel-Aviv, IsraëL, lieux et horaires divers. Informations : tél. 972 3 7511883, www.arttlv.com.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°289 du 17 octobre 2008, avec le titre suivant : Tel-Aviv, un terrain vivace

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