PAROLES D’ARTISTE

Pierre Savatier : « L’exposition réunit l’optique, la géométrie et la figure »

Par Frédéric Bonnet · Le Journal des Arts

Le 11 mars 2014 - 745 mots

L’artiste Pierre Savatier dévoile à la galerie Jean Brolly ses récentes séries de « scanogrammes », entre optique, géométrie et figure.

Des « scanogrammes » : c’est par ce néologisme que Pierre Savatier (né en 1954) définit ses travaux photographiques actuels réalisés à l’aide d’un scanner. Des calques froissés laissent transparaître des silhouettes (Figures, 2012), des billes sur tissus quadrillés créent des effets optiques (Quadrillé et billes, 2011), des figures géométriques résultent de pliages posés sur la machine (Polyèdres 18 x 24, 2014)…, autant d’expériences à voir à la galerie Jean Brolly, à Paris.

Vous avez quasiment toujours travaillé le photogramme. Pourquoi être passé à ce que vous nommez le « scanogramme » ?
Il s’agit au départ d’une sorte d’accident industriel. J’ai pendant longtemps travaillé le photogramme noir et blanc, puis en 2002 je me suis mis au photogramme couleurs, en manipulant des objets dans le noir de l’atelier avant de faire traiter le papier dans un laboratoire. Ce laboratoire a mis sa machine à la casse en 2010. Le scanner m’est alors apparu comme un outil intéressant parce qu’un jeu me semblait possible entre la surface et l’objet, même si, a priori, le scanner s’utilise avec un objet plat. C’est justement en jouant sur l’espace au-dessus du scan que des possibilités se sont offertes. Car j’ai découvert dans un laboratoire photographique un scanner composé d’une table et d’une « tête » placée très en hauteur, évitant donc toute pression sur l’objet. C’est cet appareil qui m’a permis la réalisation des premiers scanogrammes, Quadrillé et billes, tirés à peu près à la taille de mes photogrammes Cibachrome précédents.

Le processus d’apparition de l’image et de révélation du sujet est-il pour vous matière à réflexion en tant que tel ?
Toujours dans la photographie, le moment où l’image apparaît est quelque chose de très particulier, donc oui, ce processus m’intéresse. Mais je vois plus la relation entre le hasard et l’enregistrement, le hasard et l’image, c’est-à-dire que l’image révèle quelque chose qu’on ne pouvait pas voir, qui est lié à l’aléatoire et qui se passe au moment de l’enregistrement. Par exemple avec les Figures, le papier-calque est chiffonné, un geste y est donc lié. Les formes ne sont pas précisément contrôlées, ce n’est pas dessiné, mais une fois que le papier est déplié, les plis dessinent quelque chose. Il existe donc une relation entre un geste qui produit du hasard et l’image que cela dessine. On peut parler d’apparition de l’image à ce moment-là.

Une certaine artificialité ressort de vos travaux, une ambiguïté dans l’espace de l’image. C’est flagrant dans Quadrillé plié (2011), où l’on sait être face à un tissu mais où apparaît quelque chose de très artificiel dans l’image…
Cela a trait à la question de l’accommodation du regard. On regarde ce qui paraît être une surface, avant de s’apercevoir que cette surface comporte des flous, des transparences, et de comprendre qu’il s’agit d’un espace. Et le regard s’accommode ou choisit différents types d’accommodation, de compréhension de cet espace. Et cela, c’est caractéristique de ce qu’est l’image : on choisit. On peut choisir un détail dans une image, et on varie là d’une accommodation à une autre, entre réel et artificiel ou imaginaire. L’exposition est construite comme une sorte d’allégorie de ce qu’est l’art pour moi, avec l’optique, la géométrie et la figure. Et, dans chacun de ces éléments, les questions de surface, de hasard et de lumière sont présentes, c’est une circulation.

La place donnée au hasard laisse penser que vous ne contrôlez pas tout le processus. Est-ce la surprise alors qui vous intéresse ?
Je ne contrôle pas tout en effet. Je détermine des paramètres que je reproduis ; c’est ce qui caractérise les séries qui répondent aux mêmes paramètres. Ce que je préfère, c’est d’être surpris par quelque chose dans le résultat, cela fait partie du plaisir de l’apparition de l’image. Mais c’est très délicat car, pour que ce soit réussi, il faut que ce soit précis. On peut croire que cette précision résulte d’un contrôle général, mais c’est beaucoup d’expérimentation, et une grande part d’aléatoire qui vient jouer avec cette précision. Et la réussite est justement liée au fait que la précision laisse une place à l’aléatoire mais aussi, de mon point de vue, au regard, à l’interprétation, à l’imaginaire.

PIERRE SAVATIER. « FIGURES » ET AUTRES SCANOGRAMMES

Jusqu’au 29 mars, galerie Jean Brolly, 16, rue de Montmorency, 75003 Paris
tél. 01 42 78 88 02, www.jeanbrolly.com, tlj sauf dimanche-lundi 11h-19h.

Légende photo

Pierre Savatier, Quadrillé et billes #2, 2011, scanogramme, épreuve pigmentaire, 105 x 103cm. ©Photo Pierre Savatier

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°409 du 14 mars 2014, avec le titre suivant : Pierre Savatier : « L’exposition réunit l’optique, la géométrie et la figure »

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