ENTRETIEN

Jean Brolly

galeriste

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 24 avril 2008

Après avoir été longtemps collectionneur, Jean Brolly a ouvert une galerie près du Centre Pompidou en janvier 2002. De 2006 à mars 2008, il a aussi lancé la formule de l’Atelier, donnant carte blanche à des personnalités extérieures.

Vous étiez collectionneur avant de devenir galeriste voilà six ans. Pourquoi avez-vous fait ce saut et en quoi votre pratique de collectionneur vous aide-t-elle dans votre activité actuelle ?
Plus que collectionneur, j’étais surtout intéressé par connaître la scène artistique et d’y participer activement. Et ceci, sous la forme la plus simple qui est de la soutenir par l’achat d’œuvres. La raison principale qui m’a mené vers le projet d’une galerie au moment de ma retraite, était de dépasser le stade des conversations et conseils amicaux pour arriver à celui de la présentation et de la diffusion publiques de mes choix. Une grande différence entre le collectionneur et le galeriste est celui du fonctionnement : alors que le collectionneur connaît ses limites d’achat, le galeriste est souvent, malgré lui, entraîné dans une spirale de dépenses pour mener à bien le programme des expositions et ceci sans garantie de succès.

Êtes-vous resté collectionneur ?
Bien entendu, mais plus modestement. Ma collection n’est plus un but en soi, et je préfère me consacrer entièrement à l’activité de la galerie, mon nouveau choix.

Vos rapports avec les artistes ont-ils changé avec votre nouveau métier ?
Non. Je dirais même qu’ils ont pris un aspect plus « syndical » avec ceux que malheureusement je ne peux exposer en raison de leurs liens avec d’autres confrères et une tournure vraiment « familiale » avec ceux que j’ai collectionnés et qu’il m’est possible de représenter : Nicolas Chardon, Alan Charlton, Sarkis, David Tremlett, Felice Varini, Michel Verjux entre autres.

L’artiste Rainier Lericolais vous a quitté voilà quelque temps pour la galerie Frank Elbaz, à Paris. Avant de vous lancer, mesuriez-vous les possibilités de transferts des artistes ?
Oui. C’est malheureusement le lot commun des galeristes : l’herbe étant toujours plus verte ailleurs, je ne peux empêcher un artiste de quitter mon pré. D’ailleurs comment le ferais-je ? Une rupture reste néanmoins une blessure. Le galeriste est bien placé pour en apprécier le degré d’ingratitude.

En tant que collectionneur et galeriste, croyez-vous que le prêt à 0 % évoqué par le ministère de la Culture pour l’achat d’œuvres d’art ait un quelconque impact sur le marché de l’art ?
Le prêt à 0 %, je le pratique déjà avec ceux qui me demandent d’échelonner les échéances et surtout avec ceux qui accusent des retards importants dans leur paiement. Toutefois, cette nouvelle mesure, si elle arrive à se mettre en place, devrait avoir des retombées sur le marché français au même titre que le dispositif préconisé aux Pays-Bas. Mais, je reste attaché à croire que le marché de l’art trouvera son développement naturel, non pas dans une aide catégorielle, mais dans la réduction de la charge fiscale générale des personnes physiques, c’est-à-dire, quand les Français sentiront que « cela va mieux » pour eux.

Quel bilan tirez-vous de votre participation à Art Paris et au Salon du dessin contemporain ?
Le bilan a été bon à Art Paris et je pense que celui du Salon du dessin est à la hauteur de celui de l’édition 2007 qui avait été pour moi remarquable. J’attends d’ailleurs des retombées suite aux nombreuses demandes.

Depuis deux ans, vous ne participiez plus à la Foire internationale d’art contemporain (FIAC). Quel projet avez-vous proposé cette année ?
Évidemment, j’éprouve une déception de n’avoir pu participer aux deux dernières FIAC. Bien qu’évincé, je reconnais le travail accompli et le nouvel envol du salon depuis son installation au Grand Palais – l’afflux de demandes de participation et la réduction des surfaces disponibles ont permis l’éclosion d’une nouvelle FIAC aux règles plus « internationales », mais ont provoqué un effet de cisaille pour beaucoup de galeries françaises dont la mienne. La donne a changé depuis la Porte de Versailles et je dois m’adapter. Tenant compte de ces éléments, j’ai déposé un projet plus ficelé reposant sur les artistes confirmés de la galerie. L’accrochage sera sobre, très sobre même, afin que les œuvres puissent être vues dans leur plénitude

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°280 du 25 avril 2008, avec le titre suivant : Jean Brolly

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