Architecture

Nieto et Sobejano

Retour à Al Andalus

Par Gilles de Bure · Le Journal des Arts

Le 30 novembre 2010 - 527 mots

À 74 ans, l’Aga Khan, chef spirituel des ismaïliens nizarites (principalement installés au Pakistan, en Inde, en Syrie et au Yémen), n’a rien perdu de ses enthousiasmes ni de ses engagements.

À la tête de son Aga Khan Development Network, il est depuis longtemps actif dans la recherche et le développement en matière d’éducation, de santé, d’agriculture et d’industrie. Membre associé étranger de l’Académie des beaux-arts, il a créé la Fondation pour la sauvegarde et le développement du domaine de Chantilly, propriété de l’Institut de France. En 1977, ce mécène éclairé et actif crée le prix Aga Khan d’architecture, dont l’objet est de distinguer les concepts architecturaux novateurs les plus aptes à satisfaire les besoins des sociétés musulmanes, quelle que soit leur implantation géographique. Présidé par le prince, un comité de direction met en place une commission technique, composée d’architectes, d’urbanistes et d’ingénieurs, laquelle visite les projets sur site, les analyse, les commente et établit son rapport, qui sera ensuite remis au jury de l’année. En l’espace de trente-trois ans, 7 500 projets ont été ainsi documentés et 105 récompensés.
À chaque livraison, le résultat – spectaculaire ou pas – est enthousiasmant. L’édition 2010 du prix n’échappe pas à la règle. Ainsi 401 projets ont-ils été documentés, 19 sélectionnés et 5 récompensés (100 000 dollars ont été attribués à chacun) avec toujours la même universalité géographique (Albanie, Bangladesh, Burkina Faso, Inde, Indonésie, Iran, Liban, Malaisie, Maroc, Qatar, Sri Lanka…), urbanistique (territoires, villes, quartiers…) et architecturale. Les cinq lauréats de l’année illustrent à merveille cette universalité : l’assèchement des marécages de Wadi Hanifa, à proximité de Riyad en Arabie Saoudite, par Moriyama et Teshima constitue une véritable alternative écologique au développement urbain ; la mise en valeur du quartier de Bab B’har par l’Association de sauvegarde de la médina de Tunis est un exemple de revitalisation du patrimoine architectural des XIXe et XXe siècles ; l’édification de l’usine textile Ipekyol par Emre Arolat, à Edirne en Turquie, témoigne de son extrême justesse en termes de durabilité ; à Xiashi, dans le Fujian en Chine, l’architecte Li Xiaodong a tendu au-dessus d’une rivière un pont reliant les deux parties d’un village et, à la manière d’un pont habité tel qu’on les concevait autrefois, l’enrichit d’une école. 

Jeux d’ombre et de lumière 
Et puis, il y a l’Andalousie en un fulgurant retour aux sources. Aux abords de Cordoue, sur le site de Madinat Al-Zahra, cité palatine du Xe siècle, l’un des lieux archéologiques essentiels du début de l’Islam et l’un des plus étendus d’Europe occidentale, les architectes Fuensanta Nieto et Enrique Sobejano ont édifié un étonnant musée, tout à la fois lieu d’exposition et centre de recherche et de formation. Un espace très géométrique, tout de raffinement et de subtilité, de force et de retenue tendue où dominent le béton coulé et le teck. Une succession de rectangles, alternant murs, patios, alignements d’arbres, plans d’eau, qui se fondent en parfaite harmonie dans le paysage et composent comme une métaphore de la ville arabe, avec ses longs couloirs urbains étroits scandés d’espaces ouverts, et un art avéré des jeux d’ombre et de lumière. Un retour contemporain à Al Andalus parfaitement accompli. 

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°336 du 3 décembre 2010, avec le titre suivant : Nieto et Sobejano

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