Biennale

Les nouveaux horizons de l’artisanat d’art

Par Martine Robert · L'ŒIL

Le 25 avril 2019 - 928 mots

Alors que se tient du 23 au 26 mai au Grand Palais la 4e Biennale Révélations, les artisans d’art suscitent un intérêt croissant de la part des collectionneurs, des galeristes et même des maisons de vente.

C’est une évidence : le secteur de l’artisanat d’exception utilise désormais les mêmes codes que celui de l’art contemporain, façon de revendiquer son appartenance à la grande famille des créateurs en phase avec leur temps. La 4e Biennale internationale métiers d’art et création, baptisée Révélations, se tient du 23 au 26 mai sous la verrière du Grand Palais, comme la Fiac. S’inspirant de la célèbre foire d’art contemporain parisienne, elle organise aussi en parallèle ses circuits VIP, ses conférences d’experts, son parcours hors les murs, ses expositions en galeries, fondations, maisons de vente, et même ses enchères dédiées à l’Hôtel Drouot le 25 mai prochain !

Avec son « Banquet », exposition-hommage à l’universalité des créateurs et au dialogue des cultures, riche de centaines d’œuvres de tous les continents, Révélations attire plus de 40 000 visiteurs, dont 12 000 professionnels, venus découvrir 400 créateurs de 16 pays. Cette année, la biennale essaime dans les musées (tel celui de la Vie romantique), les manufactures (comme le Mobilier national) et les espaces commerciaux (à l’instar de la Galerie de Sèvres). « Cela forme un parcours inédit, à travers une dizaine d’endroits insolites, emblématiques ou chargés d’histoire », se félicite Aurélie Grenier, responsable du salon. Ce parcours s’enrichira dans le futur puisque plusieurs lieux dédiés aux métiers d’art devraient ouvrir dans les deux prochaines années, via des initiatives privées comme LVMH, Chanel, Emerige, ou publiques, comme l’hôtel de la Marine géré par le Centre des monuments nationaux ou la Cité des métiers d’art et du design à Sèvres portée par le département des Hauts-de-Seine. Car les institutions font de ces métiers un symbole de l’art de vivre à la française.

En une décennie, les métiers d’art ont vu leur image se transformer, sous l’action d’Ateliers d’art de France, qui promeut les artisans par sa biennale, ses showrooms et ses concept stores, mais aussi grâce au travail mené par la Fondation Bettencourt Schueller avec son Prix pour l’intelligence de la main, par les maisons de luxe comme Hermès, Vuitton ou la Cristallerie Saint Louis, par les manufactures telles que Sèvres et Aubusson, par les musées d’arts décoratifs et d’art contemporain. « Cela s’inscrit dans un fort courant de renouveau des arts décoratifs. Des personnalités venues d’horizons divers redynamisent des affaires ancestrales, tels Martin Pietri à la tête des Émaux de Longwy et des meubles d’inspiration XVIIIe Taillardat, ou Tristan De Witte aux commandes des luminaires Roger Pradier, en phase avec les exigences des décorateurs et architectes d’intérieur. Certains artisans anticipent même les envies, à l’instar de François-Xavier Richard pour les papiers Atelier d’Offard ou de Steven Leprizé qui renouvelle l’ébénisterie, la marqueterie… », souligne le consultant spécialisé Gilles Muller. « Les plasticiens s’inscrivent dans cette dynamique d’exaltation des savoir-faire, redécouvrent la part de mystère liée à cette alchimie très particulière de la matière, de sa résistance, voire de son imprévisibilité comme dans le cas du verre en fusion », poursuit ce fin connaisseur. Le directeur des Beaux-Arts de Paris, Jean de Loisy, parle d’ailleurs d’une véritable sincérité à propos de l’artisanat d’art, car « l’exécution ne ment pas », dit-il. Ainsi, beaucoup de plasticiens s’intéressent à la céramique, comme en témoignent les expositions de Laure Prouvost en septembre dernier au Palais de Tokyo ou, plus récemment, Grayson Perry à la Monnaie de Paris.

Valorisation financière

Les acteurs majeurs du marché (galeristes, maisons de ventes, collectionneurs) se chargent de la valorisation financière de ces créations, à l’instar de Côme Remy, expert en arts décoratifs des XXe et XXIe siècles, et de Charlotte du Vivier Lebrun, consultante en céramique contemporaine, qui ont préparé la vente réalisée par Drouot Estimations pendant Révélations. « Nous avons sélectionné une centaine d’objets de créateurs de toutes spécialités : céramique, dinanderie, textile, bois, résine, joaillerie, etc., pour des lots de 300 à 10 000 euros », note Charlotte du Vivier Lebrun. Les estimations se veulent attractives pour attirer le maximum de clients potentiels. « C’est un panorama de la vitalité de la création hexagonale sous toutes ses formes d’expression. L’objectif est de sensibiliser les collectionneurs et de référencer ces créateurs sur la scène mondiale. Car la biennale fait le lien entre les artistes et les artisans d’art en les plaçant sur un pied d’égalité », insiste Aurélie Grenier.

D’autant qu’à en croire Gilles Muller, il existe, là comme ailleurs, une « french touch ». « Il y a une spécificité française dynamisée par ces quelques galeries qui ont su mettre en avant leurs poulains tel Hubert Le Gall, illustration lui-même d’une véritable stratégie commerciale avec ses verres pour la marque de luxe Ruinart… », constate-t-il. Une galerie comme Clara Scremini a beaucoup fait pour les artistes du verre tandis qu’un éditeur comme Carpenters, présent sur les foires d’art aux quatre coins du monde, a fait grimper les cotes de nombreux designers, sculpteurs, artisans. Thomas Fritsch pour les artistes des années 1950 ou Emmanuel Perrotin pour le contemporain ont également contribué à rendre la céramique plus bankable.

« Désormais, on vend aussi bien aux enchères qu’en galerie, car il y a un marché international de collectionneurs, de décorateurs. Cela évolue très vite alors que ce n’était pas le cas il y a encore 8 ou 9 ans », relève encore Charlotte du Vivier-Lebrun. Cela n’a pas échappé aux grandes maisons de ventes, toujours à l’affût des tendances, de la française Artcurial à la multinationale Christie’s – sa vaca­tion « Un/Breakable » organisée pendant la dernière Frieze Art Fair a totalisé plus de trois millions de livres…

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°723 du 1 mai 2019, avec le titre suivant : Les nouveaux horizons de l’artisanat d’art

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