Biennale

Le rendez-vous de Sharjah

Le Journal des Arts

Le 15 avril 2009

« Provisions for the future » offre un espace de visibilité pour les artistes du monde arabe.

SHARJAH - La Biennale de Sharjah (Émirats arabes unis), dont c’est cette année la 9e édition, fait figure de référence sur le territoire des Émirats arabes unis, où prochainement vont voir le jour de nouvelles structures culturelles pour lesquelles il est parfois difficile de cerner les véritables enjeux. Elle a permis au cours de ces dernières années l’aménagement d’un espace de visibilité destiné à la création artistique du monde arabe et à l’accueil d’un ensemble d’artistes internationaux.
C’est l’une des rares biennales qui a très tôt affirmé un engagement dans la production d’œuvres avec la possibilité pour les artistes invités de contextualiser leurs propositions. Il est à souligner que les choix des commissaires ne sont absolument pas liés aux impératifs du marché, bien que la foire Art Dubaï (lire le JdA no 300, 3 avril 2009, p. 30) soit organisée au même moment que le vernissage de la biennale.
La manifestation est aussi un lieu d’échanges et de débats pour les artistes comme pour les professionnels grâce à une série de rencontres regroupées sous le titre « The March Meeting ». Ces moments de réflexion restent, à l’instar des journées « Home Works » organisées à Beyrouth, au Liban, par Christine Thomé, essentiels pour mieux cerner la création dans le monde arabe et prendre la mesure des discours critiques. Les institutionnels anglais étaient cette année très présents, à l’image de Suzanne Cotter du Musée d’art moderne d’Oxford et de Frances Morris de la Tate Modern (Londres). Un séminaire fermé de la Tate était organisé en collaboration avec des professionnels du monde arabe. On ne peut que déplorer l’absence d’une initiative de ce type de la part de la France à un moment où le Louvre et la Sorbonne s’installent à Abou Dhabi.

Martyrs en tout genre
Le titre de l’exposition, « Provisions for the future », proposé par Isabel Carlos, commissaire de cette édition avec Jack Persekian, laisse place à une multiplicité de propositions. Une grande partie des artistes vient des pays arabes, de Turquie mais aussi d’Inde. On y retrouve également des figures comme Lawrence Weiner, Lili Dujourie ou Eugenio Dittborn.
De nombreuses œuvres sont convaincantes, ainsi, de Hala Elkousy, un ensemble d’archives personnelles laissant percevoir les changements rapides de la capitale culturelle qu’est Le Caire. Notons aussi la performance de l’artiste iranienne Gita Meh, qui a invité les participants de la biennale à partager un repas autour d’une incroyable grande nappe faite de sucre. La vidéo de Sharif Waked documente l’attentat-suicide d’un martyr en imaginant quels pourraient être ses derniers mots, en relation au texte des Mille et Une Nuits où Shéhérazade va sauver des vies en récitant des contes au roi Schahriar. Laurent Grasso rejoue un dispositif lié à la vidéosurveillance dans le contexte des Émirats ; la prise de vue est réalisée à partir d’une caméra fixée sur un faucon. Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, artistes libanais vivant à Paris, dévoilent un ensemble d’images de martyrs qui, avec le temps, sont devenues fantomatiques. Enfin, la vidéo surprenante de Liu Wei présente un paysage lunaire où des hommes et des femmes se pressent dans une décharge d’ordures à la manière de paysans faisant leur récolte.
Parallèlement, le programme « Past of the Coming Days » propose rencontres, performances et projections, parmi lesquelles celles de Walid Raad, ou la musique électro de Tarek Atoui.

BIENNALE DE SHARJAH, jusqu’au 16 mai, www.sharjahbiennial.org

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°301 du 17 avril 2009, avec le titre suivant : Le rendez-vous de Sharjah

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