Cinéma

Le MoMa convie Tim Burton

Le musée new-yorkais s’ouvre au monde fantastique de Tim Burton

Par Christian Simenc · Le Journal des Arts

Le 2 février 2010

Prochain président du Festival de Cannes, Tim Burton montre toute l’étendue de ses talents artistiques au MoMA

NEW YORK - C’est le genre d’expositions qui risque de faire exploser les compteurs. Et d’aucuns (grincheux !) avanceront que le Museum of Modern Art de New York n’en est décidément pas à une astuce près pour faire baisser la moyenne d’âge de ses visiteurs. Certes ! Reste que cette exposition intitulée « Tim Burton and The Lurid Beauty of Monsters » (Tim Burton et la beauté éclatante des monstres) déploie, avec profusion, la gamme complète de la production créative d’une pointure du 7e art et futur président du Festival de Cannes 2010, le réalisateur Timothy William Burton, dit « Tim » Burton, né le 25 août 1958, à Burbank (Californie).

Si on connaît presque exclusivement son travail sur le grand écran, cette rétrospective dessine le parcours d’un artiste complet à travers une vaste sélection de pièces – plus de 700 au total : dessins, peintures, objets, maquettes, sculptures, marionnettes, photographies et autres films. Pour Ron Magliozzi, l’un des commissaires, l’exposition « révèle un artiste et un cinéaste qui partage beaucoup avec ses contemporains de la génération postmoderne, lesquels ont tiré leur inspiration de la culture pop ».
 
Au vu des œuvres ici montrées, la palette des influences de Burton se révèle bien plus large. Ce dernier s’inspire tout autant de la bande dessinée que des dessins animés, des jouets que de la littérature enfantine, de la télévision que du cinéma fantastique, des carnavals que des performances artistiques, des films de monstres japonais que de ceux de la science-fiction. Et le plus fascinant, c’est que toutes ces sources semblent, chez lui, mêlées depuis l’adolescence.
 
La salle qui présente les débuts artistiques de Burton est d’ailleurs le volet le plus passionnant du parcours, car le plus méconnu. En témoignent ses carnets de croquis réalisés alors qu’il est élève en école d’art (CalArts, Los Angeles) et ses premiers dessins, dans lesquels se reflètent, en filigrane, ses sentiments sur l’aliénation adolescente de la vie provinciale.

Ainsi de ce livre d’enfant qu’il a lui-même entièrement écrit et illustré : The Giant Zlig (1976). L’auteur et illustrateur y affiche déjà une imagination puissante et débridée. Idem avec ses premiers films courts en noir et blanc datant de 1971 – Burton n’a alors que… 13 ans –, L’Île du docteur Agor et Houdini : l’Histoire indicible, tournés avec une caméra Super-8 et ses copains de quartier. On y lit les prémices des motifs en devenir de ses futurs longs-métrages.

Fortement influencé par le poète Edgar Allan Poe et le cinéma expressionniste allemand, Tim Burton arbore un trait acéré. Dents pointues, yeux globuleux arrachés ou, au contraire, présents en quantité anormale, jambes atrocement longues et graciles, membres désarticulés, ses personnages/créatures sont dérangeants. Et pourtant, aussi monstrueux soient-ils, on ne peut s’empêcher d’éprouver à leur endroit une certaine empathie. C’est là peut-être la clé de la griffe Burton que le reste du parcours, jusqu’aux décryptages des processus de création d’œuvres phares telles Edward aux mains d’argent ou Mars Attacks !, confirmera.

TIM BURTON

Commissaires : Ron Magliozzi, conservateur adjoint, et Jenny He, assistante, Department of Film, avec Rajendra Roy, conservateur en chef du fonds cinématographique The Celeste Bartos, au MoMA

Compositions musicales : Danny Elfman

Nombre de pièces : plus de 700 (dont 14 longs-métrages)

TIM BURTON AND THE LURID BEAUTY OF MONSTERS, jusqu’au 26 avril, The Museum of Modern Art, 11 West 53rd Street, New York, tlj sauf mardi 10h30-17h30, vendredi jusqu’à 20h, www.moma.org

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°318 du 5 février 2010, avec le titre suivant : Le MoMa convie Tim Burton

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