Le mémorial de la disparition

Par Christian Simenc · L'ŒIL

Le 22 mars 2016

Verdun - Le champ de bataille de Verdun est classé « zone rouge », périmètre décrété inconstructible par l’État. Aucun architecte ne peut y intervenir, exception faite sur un bâtiment existant.

Tel est le cas du Mémorial de Verdun, qui a rouvert le 21 février, après une restructuration et un agrandissement opérés par l’agence Brochet Lajus Pueyo, déjà auteur, l’an passé, de la réhabilitation du Musée de l’Homme, à Paris. Pour Olivier Brochet, l’édifice existant était loin d’être parfait : « Ce monument construit en 1967 n’était pas d’un équilibre architectural avéré. Avec son style années 1930, il avait l’allure d’un mini-Palais de Chaillot avec des défauts : ses proportions et, hormis celle d’entrée, des façades inélégantes. » L’idée fut de le repenser en totalité. « Nous avons “scié’’ le bâtiment en deux dans le sens de la hauteur pour le faire disparaître dans le sol, explique l’architecte, car l’important n’est pas le bâtiment, mais l’expérience sensible du territoire. » À l’origine posé sur un terrain plat, l’édifice de deux étages a vu son rez-de-chaussée avalé par un nouveau talus remodelé, s’est épaissi sur ses flancs de deux ailes de 345 m2 chacune et a enflé d’un étage « entièrement vitré, telle une vigie » (dixit Brochet). Ont ainsi été créés 1 900 m2 supplémentaires pour une surface totale de 5 000 m2. « Tel un judoka qui retournerait son rival, explique Olivier Brochet, nous avons complètement renversé le fonctionnement du bâtiment originel. » Auparavant situé au premier étage et de front par rapport à la route, l’accès s’effectue désormais en contournant la façade principale par les côtés. Un sentier en pente cerné de longs murs noirs conduit le visiteur à une « tranchée » qui traverse l’édifice de part en part, en guise de hall d’accueil. À l’intérieur se loge le musée, quelque 2 000 pièces sur une collection de 25 000 focalisant davantage sur la bataille de Verdun que sur la Première Guerre mondiale. En son milieu, une vaste trémie fait office de « centre de gravité », les vitrines ayant été déployées tout autour, de manière concentrique, par les scénographes Christian Le Conte et Geneviève Noirot. Par endroits, les parois s’habillent de chêne, apportant une tonalité plus chaude à des intérieurs généralement sobres : noir au rez-de-chaussée et blanc à l’étage. Budget global : 12,52 millions d’euros, dont 7,07 pour les travaux de rénovation et d’extension et 2,6 millions pour la scénographie. Au troisième niveau, l’attique nouvellement créé accueille un centre de documentation, une cafétéria, une salle d’exposition temporaire et deux terrasses. Depuis l’une d’elles, on peut distinguer, à l’horizon, la haute tour de l’ossuaire et, alentour, le champ de bataille, étendue jadis lunaire, aujourd’hui cachée par la forêt replantée.

A voir
Verdun est un des lieux les plus emblématiques de la Première Guerre mondiale. La bataille qui s’y déroula entre le 21 janvier et le 18 décembre 1916, soit 300 jours de combat, fit plus de 300 000 morts (une moyenne de 1000 par jour dans les deux camps confondus) et plus de 400 000 blessés. Lors du chantier, outre des obus, sept corps ont été retrouvés, dont cinq ont, pour l’heure, ont été identifiés.

À savoir
Mémorial de Verdun, 1, avenue du Corps-Européen, Fleury-devant-Douaumont (55), 03 29 88 19 16 ou www.memorial-verdun.fr

Légende photo
Mémorial de Verdun © Jean-Marie Mangeot

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°689 du 1 avril 2016, avec le titre suivant : Le mémorial de la disparition

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