Jeudi 19 septembre 2019

Le designer Hubert Le Gall en liberté

Par Bérénice Geoffroy-Schneiter · Le Journal des Arts

Le 17 septembre 2014 - 429 mots

Dans le décor XVIIIe du Musée Mandet à Riom, le designer Hubert Le Gall a semé,
au gré des salles, ses objets facétieux.

RIOM - Un chiffonnier en résine épousant les courbes molles d’un igloo, des commodes parsemées de marguerites peintes et dorées, un pouf géant se déguisant en pot de fleurs, un cabinet patiné de noir sur lequel trône un imposant totem en forme de taureau, un fauteuil généreux dont le dossier se termine en queue de baleine, et partout ce bestiaire malicieux de lapins et de chiots farceurs qui caracolent au milieu des lampes, des lampadaires et des guéridons… Le temps éphémère d’une exposition, l’univers du designer Hubert Le Gall s’accorde merveilleusement avec les belles salles XVIIIe du Musée Mandet à Riom (Puy-de-Dôme). On ne pouvait, en effet, rêver meilleur dialogue entre ce lieu chargé d’histoire et cet artiste autodidacte mais passionné des arts décoratifs, anciens comme modernes. Il souffle en effet sur ses créations faussement désinvoltes un amour des matériaux nobles (dont le bronze, la dorure, la laque) comme des grandes heures du design (du style Empire à Ettore Sottsass, en passant par Jean Royère, Jacques-Émile Ruhlmann ou Armand Albert Rateau).
Transcendant les époques et les références, bousculant les notions de bon et de mauvais goût, affirmant haut et fort ses admirations et ses influences (ici l’univers pop et acidulé d’Andy Warhol, là les ready-made de Marcel Duchamp), Hubert Le Gall est un créateur libre, inventif et décomplexé. Sculpteur, plasticien, scénographe autant que designer, pratiquant avec le même bonheur l’hybridation, l’humour et la transgression, il avoue aimer raconter des histoires, parce qu’elles sont plus belles que la réalité.

« J’ai besoin de six mains, d’autant qu’elles vont toujours plus loin que le cerveau », reconnaît volontiers Hubert Le Gall, la prunelle frétillant de malice. Derrière l’apparente légèreté du créateur, l’on devine cependant le travailleur boulimique affirmant, depuis près de vingt ans, ce qui fait toute l’originalité de son style. Soit un savant mélange de perfectionnisme (la maîtrise d’un artisanat d’art est ici manifeste) et de poésie débridée. De ce télescopage insolite naissent des pièces devenues emblématiques, telle cette table Marguerite évoquant tout autant l’univers warholien que celui de Lewis Carroll, cette bibliothèque Sunset que l’on croirait échappée d’un cartoon, cette lampe Spot-Dog dont le néon est un bâton rapporté dans la gueule d’un gentil toutou jouant avec son maître, ou bien encore cet objet fétichiste par excellence qu’est la lampe Mon Yéti recouverte de fourrure et dotée de deux cornes et d’une queue ! Assurément, un objet subversif à ne pas glisser sur toutes les tables…

Hubert Le Gall, Design en liberté

Jusqu’au 19 octobre, Musée Mandet, 14, rue de l’Hôtel-de-Ville, 63200 Riom, tél 04 73 38 18 53, tlj sauf lundi 10h-12h, 14h-17h30.
Catalogue, coéd. Riom-Communauté/éditions Gourcuff Gradenigo, 132 pages, 19 €.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°419 du 19 septembre 2014, avec le titre suivant : Le designer Hubert Le Gall en liberté

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