Dimanche 20 septembre 2020

Disparition

Judith Reigl (1923 - 2020)

Par Jean-Christophe Castelain · lejournaldesarts.fr

Le 13 août 2020 - 397 mots

L’artiste d’origine hongroise est décédée dans sa maison de Marcoussis le 6 août dernier à l’âge de 97 ans. 

« J’ai toujours été très seule et cela m’allait bien » disait-elle dans le portrait que Le Journal des Arts lui avait consacré en 2016. Judith Reigl est partie en toute discrétion, en plein cœur de l’été dans sa maison dans l’Essonne, elle avait 97 ans.

Judith Reigl a longtemps été délaissée par les musées et galeries. Elle partage cette éclipse avec de nombreuses artistes femmes de sa génération. C’est d’ailleurs pourquoi l’association Aware avait tenu à l’honorer pour son premier prix en 2017.

Sa reconnaissance date d’une rétrospective au Centre Pompidou en 1994 organisée par le conservateur Jean-Paul Ameline, l’un de ceux qui la connaissaient le mieux. Puis sa présence dans les expositions s’est multipliée au point de figurer à la 107ième position dans l’Art Index du Journal des Arts qui classe les artistes vivants en fonction de leurs expositions.

C’est à tort que Judith Reigl est étiquetée « artiste abstraite ». Abstraite, elle le fut certes quand elle arrive à Paris en 1950 et côtoie un temps le mouvement surréaliste, qu’elle abandonne ensuite pour une peinture plus gestuelle. Elle expose d’ailleurs en 1956 et 1957 avec Georges Mathieu.

Mais à partir du début des années 60, le sujet refait son apparition, notamment des torses masculins, occupant tout l’espace de la toile. « J’étais contre cette présence figurative. Mais j’ai dû l’accepter. C’est une force qui ne m’a pas lâchée » disait-elle. Il y a là sans doute également un héritage de ses années de formation à l’Académie des Beaux-Arts de Budapest. Elle revient à l’abstraction dans les années 1980 avant de se tourner à nouveau vers la figuration.

La peinture de Judith Reigl n’a rien de séductrice et tend avec une économie de moyens et un aspect volontiers fruste mais avec une grande force expressive, à traduire ses interrogations et inquiétudes. Des inquiétudes qui remontent à l’enfance. Née en Hongrie en 1923, elle perd son père à l’âge de 3 ans et traverse la guerre, puis la dictature stalinienne. Elle réussit à s’en échapper en 1950, après plusieurs tentatives, et traversant le Rideau de fer, rejoint son compatriote Simon Hantai à Paris.

Le Musée des beaux-arts de Nantes lui avait consacré une grande rétrospective en 2010, tandis que plusieurs galeries parisiennes s’étaient associées en 2016 pour lui offrir un feu d’artifice d’expositions.
 

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