Dimanche 21 octobre 2018

Ils font le luxembourg de l’art contemporain

Par Anne-Cécile Sanchez · L'ŒIL

Le 19 octobre 2016 - 1171 mots

Alex Reding, l’audacieux
Galeriste hyper actif – il est également conseiller du prix LEAP (Luxembourg Encouragement for Artists Prize) créé par le cabinet d’avocats Allen & Overy et décerné en mars 2016 à la jeune artiste Sophie Jung –, Alex Reding fait partie des acteurs clefs de la scène de l’art luxembourgeoise. Engagé « sur le long terme » avec les artistes qu’il défend (Damien Deroubaix, Manuel Ocampo et, depuis peu, Mike Bourscheid…), il est à l’initiative de la Art Week dont la première édition s’est déroulée avec succès en novembre 2015. Pour l’occasion, Alex Reding s’est improvisé organisateur et directeur de foire, créant un Off dès cette deuxième année et mettant sur pied un dîner in situ de 320 couverts ! Un rôle très prenant qu’il espère céder rapidement à son futur remplaçant.
 www.nosbaumreding.lu et luxembourgartweek.lu

Le port franc, un label ?
Les délits dont est accusé Yves Bouvier, ex-président et fondateur du Freeport, sont « aux antipodes de nos valeurs », affirme le directeur de l’établissement David Arendt. En plus de son expertise dans le stockage, la manutention et la sécurité, le port franc luxembourgeois a en effet l’ambition d’offrir les garanties d’un véritable label. Le lieu envisage pour cela de se doter d’un laboratoire scientifique capable d’établir l’authenticité des œuvres, y compris des tirages photo et des vidéos. « Je souhaite offrir l’assurance à nos clients qu’une œuvre portant notre tampon a été non seulement visée par la douane, mais qu’on ne trouve pas ici d’œuvres volées ou inauthentiques. »
www.lefreeport.lu

Galerie Bernard Ceysson, toujours plus grande
En mars 2015, la galerie Bernard Ceysson avait créé l’événement en quittant le centre pour la périphérie où elle est, depuis, installée dans un hangar de 1 400 m2. Cette rentrée, la galerie (également implantée à Paris et à Genève) vient à nouveau de frapper un grand coup en investissant pour quelques semaines un bâtiment industriel de plus de 2 000 m2 où elle a mis en scène la sculpture dans tous ses états, mélangeant valeurs sûres (Carl Andre, Anthony Caro, César, Sol LeWitt, Morellet…) et nouveaux venus, comme le duo niçois Florian Pugnaire & David Raffini. « Travailler dans la brèche qui sépare le musée de la galerie » : telle est la posture défendue par l’ancien directeur du Musée d’art moderne de Saint-Étienne que les Luxembourgeois semblent avoir adoptée. www.bernardceysson.com

Paul di Felice, « Monsieur Photo » du Luxembourg
Paul di Felice, c’est le « Monsieur Photo » de Luxembourg : fondateur de Café-Crème – longtemps seul magazine luxembourgeois dédié à la création plastique et à la photo, édité de 1984 à 1997 –, il conseille depuis 2003 la collection de photographie contemporaine du cabinet d’avocats Arendt & Medernach. Parmi les nombreuses collections d’entreprise du Luxembourg, celle-ci offre la particularité d’être visible tout au long de l’année, le week-end, à travers les expositions organisées dans la vaste galerie du rez-de-chaussée. Paul di Felice est par ailleurs codirecteur du Mois européen de la photographie, dont Arendt & Art est partenaire, à travers un prix récompensant un artiste visuel. www.europeanmonthofphotography.org

David Brognon & Stéphanie Rollin quitter la zone de confort
Ils se sont rencontrés au Mudam, où chacun d’eux était en poste. Stéphanie Rollin sortait d’une école d’art (en Angleterre et en France), David Brognon venait du graffiti. Deux parcours diamétralement opposés, une même sensibilité. Leur première œuvre, Untitled, est constituée d’une plate-bande multicolore de confettis déposée devant une barrière de sécurité. Les relations entre le vide et le plein, l’ordre et le désordre, font partie de leurs thématiques de prédilection, comme les questions d’enfermement, de frontières, de destin. Minimal sur le plan formel, leur travail, entré dans des collections publiques et suivi par des collectionneurs fidèles, s’avère « bien barré » d’un point de vue conceptuel. Qu’ils décident de calquer les contours de l’île de Goré et de les expédier sous plis à leur galeriste de Bruxelles (quelque 3 066 enveloppes) ou d’émettre un contrat sur une échelle en bois apposée contre un mur du Saint-Sépulcre, à Jérusalem, pour lier l’art et l’histoire. Désormais basé à Paris, le duo prépare son prochain départ, en Écosse, d’abord, puis en Californie, dans la Vallée de la Mort. www.brognon-rollin.com

Mike Bourscheid, à Venise pour le Luxembourg
Loin, très loin du Grand-Duché, qu’il a quitté à 19 ans pour vivre à Berlin, Aix-en-Provence et, aujourd’hui, Vancouver, Mike Bourscheid s’est pris à rêver de Venise lorsqu’il a réalisé que le pavillon luxembourgeois de la Biennale d’art, à la Ca’ del Duca, était un ancien appartement. L’intime est en effet au cœur de son travail, comme l’avait montré l’exposition que lui avait consacrée en 2015 le centre d’art de Dudelange, où il avait aménagé l’espace à la façon d’un intérieur privé. « Je vais fabriquer du mobilier, des sculptures, des scènes, faire des performances », annonce l’artiste, qui a été sélectionné, à 32 ans, parmi une vingtaine de candidatures à la suite de l’appel à idées lancé par le ministère de la Culture et le Casino Luxembourg – Forum d’art contemporain. « Nous avons apprécié la fraîcheur, la spontanéité de son projet, très théâtral, qui mélange beaucoup d’influences », résume Kevin Muhlen, le directeur du Casino et curateur du pavillon.
www.mikebourscheid.com

La trajectoire dans l’espace de Feipel & Bechameil
La 54e Biennale de Venise (où ils représentaient le Luxembourg en 2011) a offert une visibilité internationale à Martine Feipel et à Jean Bechameil qui avaient conçu leur pavillon comme « une expérience physique et mentale de désorientation ». L’année suivante, avec Many Dreams, le binôme plaçait sur le littoral belge une carcasse de bus échoué, « métaphore de rêves inaccomplis » (Beaufort04 – Triennale of Contemporary Art by the Sea). En 2014, au Pavillon de l’Arsenal, leur installation Un monde parfait interrogeait l’architecture des grands ensembles. D’un projet à l’autre, « notre travail, précisent-ils, est toujours pensé par rapport à un lieu »… en transformation, en disparition, en crise ; le duo s’intéresse au moment « où ça bascule ». À Belval, où ils ont pris part à la résidence Public Art Experience, leur installation Ballet of Destruction, lente chorégraphie de rouages, les a conduit, pour produire ces sculptures robotiques comme surgies des ruines, à s’intéresser à la programmation informatique. Une voie et une technologie qu’ils pensent explorer plus avant pour leur prochaine exposition au Casino, à la rentrée 2017.
www.feipel-bechameil.lu

L’humanité d’Edward Steichen
On ne le sait pas forcément, mais Edward Steichen, photographe majeur du XXe siècle qui s’essaya à tous les genres, de la photo de mode aux vues aériennes, était d’origine luxembourgeoise. Directeur artistique de Vogue et de Vanity Fair dans les années 1920, il travailla plus tard comme conservateur au MoMA. C’est là qu’il organisa au début des années 1950 l’exposition « The Family of Man », l’une des premières expositions mondialisées, qui rencontra un succès extraordinaire. Inscrite au Registre Mémoire du monde de l’Unesco, cette collection, qui rassemble 503 photographies de 273 photographes, est présentée de façon permanente au château de Clairvaux. Elle mérite amplement une visite. En attendant, peut-être, de la voir à nouveau un jour voyager.
www.steichencollections-cna.lu 

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°695 du 1 novembre 2016, avec le titre suivant : Ils font le luxembourg de l’art contemporain

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