Samedi 15 décembre 2018

David Caméo

Directeur de la manufacture nationale de sèvres

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 21 octobre 2005 - 1410 mots

Le parcours de David Caméo épouse l’histoire de la politique culturelle de ces vingt dernières années. Portrait d’un homme d’articulations aux commandes de la Manufacture nationale de Sèvres.

Adjoint à la culture de la municipalité d’Angoulême, assistant parlementaire, conseiller technique de l’ancien Premier ministre Lionel Jospin…, à regarder son CV sans temps mort, on classerait David Caméo dans la famille des politiques, doté de réseaux chamarrés. D’obédience socialiste, il n’en cultive pas moins des amitiés utiles à droite avec par exemple Jean-Jacques Aillagon. « Bon génie de l’administration » selon Guy Tortosa, inspecteur général de la création artistique, David Caméo a suivi le chemin pavé de bonnes intentions culturelles, dans la grande euphorie mitterrandienne des années 1980. Avant de décrocher la Manufacture nationale de Sèvres en 2003, il aura été un « homme d’articulations » plus qu’un inspirateur. « Ce n’est pas forcément un grand concepteur, mais il a des idées simples et bonnes », résume un proche.

Vibrionnaire
Né à Angoulême d’un père sertisseur en bijoux et d’une mère secrétaire de direction, David Caméo suit d’abord un enseignement religieux à Saint-Paul, école par laquelle auront aussi transité François Mitterrand et le galeriste parisien Bruno Delavallade. Un bagage remis en question à son arrivée à Sciences-Po Bordeaux. « Cet acquis a été bousculé par la rencontre avec des amis qui avaient eu un parcours politique plus engagé », relate David Caméo. De fait, celui qui se destinait au journalisme saute à pieds joints dans la politique en devenant adjoint à la culture du maire d’Angoulême en 1977. Un poste qu’il occupera pendant douze ans. « Il y avait toutes les bases d’une culture traditionnelle, mais il ne s’agissait pas alors d’une action politique prioritaire. Cela manquait d’ambitions, de stratégies, de moyens », rappelle-t-il. Il hérite de la bande dessinée sans en être particulièrement passionné. « Je n’étais pas un lecteur assidu, mais j’ai bien compris qu’il y avait là un terreau, un vecteur pour une collectivité », note l’intéressé. Il structure le Festival international de la bande dessinée, créé en 1973, et insuffle à cet événement d’échelle associative une ambition économique. En 1978, il lance le symposium des arts plastiques en invitant un nombre d’artistes tel que « les riverains auraient pu s’imaginer à la Documenta de Cassel » ! Ayant participé à la commission nationale sur les arts plastiques, présidée par Michel Troche en 1981-1982, il intègre le ministère de la Culture par la porte de la communication.
Le discours de David Caméo ne s’encombre pas de formules ciselées ou d’une rhétorique cynique d’ancien combattant. « Il pense utile, prend les choses à bras-le-corps sans être fatigué d’avance », relève Françoise Guichon, directrice du Centre international de recherche sur le verre et les arts plastiques (CIRVA). Pour ce travailleur acharné, l’action n’est pas une vue de l’esprit. « Il ne prend pas des postes pour des intitulés, mais pour laisser des traces », souligne la critique d’art Anne Tronche. Son côté vibrionnaire, sa rapidité de débit et d’action, lui jouent parfois des tours. « Le temps de la réflexion n’est pas celui de la rapidité, insiste un observateur. Caméo est du genre à vouloir un projet d’exposition dans la demi-heure. » Un proche observe que, bien qu’il soit homme de service public, « le temps de l’entreprise privée lui conviendrait sans doute mieux ».
Sa formation artistique s’est faite sur le tas. « D’un certain point de vue, il vole au secours de la victoire. Quand il entend dix fois un nom, ça peut lui sembler intéressant. Il n’a pas des choix personnels extrêmement marqués », relève un observateur. Curieux, il sait capitaliser l’information. Le rapprochement opéré avec Françoise Guichon, qui participe au choix des commandes passées par la Manufacture aux artistes, est en ce sens opportun. David Caméo ne peut en effet produire seul des évaluations scientifiques ou artistiques. Certains rapportent toutefois sa méfiance vis-à-vis de l’inspection à la création artistique. « Fondamentalement, il n’a jamais aimé l’inspection », remarque un ancien collaborateur. On lui a connu des relations frictionnelles avec l’actuel délégué aux Arts plastiques, Olivier Kaeppelin, alors actif à l’inspection. Tous deux ont mis des mouchoirs sur leurs différends pour s’envoyer des fleurs ! « Avec Olivier, on a pu avoir des divergences sur la manière d’organiser les choses, mais il y avait une vraie complicité par rapport aux objectifs qu’on souhaitait développer », élude le premier. Olivier Kaeppelin observe de son côté que « David est un professionnel dont l’administration a besoin ».

Réintroduire le contemporain
Aguerri à la mécanique politique, David Caméo n’a pas brigué le pouvoir avec les dents longues d’un jeune énarque. « Il a su rester à sa place pendant des années. C’est un ambitieux, mais pas un arriviste », note Claude Mollard, l’ancien conseiller en arts plastiques de Jack Lang, précisant qu’il « est arrivé tardivement dans les cabinets ministériels, vers 45 ans, alors que les gens y sont plutôt vers 30 ans. » Faisant la ligature entre les deux Catherine, Trautmann et Tasca, il mène à terme la réforme des ventes publiques et la loi relative aux musées de France. Dans la foulée, il est promu conseiller pour la culture de Lionel Jospin avant de partir avec l’eau du changement gouvernemental.
Il pantoufle alors comme inspecteur à la création, un poste dont il détient plus le titre que la fonction. Il ronge son frein en s’attachant à décrocher la Manufacture de Sèvres. L’homme avoue nourrir une passion pour la céramique depuis une vingtaine d’années. Après avoir été pendant longtemps un second, quitte à s’être surinvesti dans ce rôle, le voilà aux commandes d’une structure pour laquelle tout est à repenser. « Il y a un projet culturel avec le problème de la lisibilité de l’action de l’État, un projet économique, car il faut trouver une part du budget, et un projet de développement de site », égrène-t-il. D’une certaine façon, il peut injecter à la Manufacture une efficacité inspirée du privé, d’autant plus que le développement des produits de Sèvres passera aussi par les galeries. Le poste n’a toutefois rien d’une sinécure, tant la belle endormie a été oubliée par le ministère et négligée par ses anciens directeurs. « Ses prédécesseurs étaient là pour le logement de fonction. David Caméo, lui, n’y habite pas », souligne Antoinette Fay-Hallé, directrice du Musée de la céramique mitoyen. Dans un terrain miné, fortement syndiqué, il a su amadouer le personnel. Il a aussi à cœur de réintroduire le contemporain pour ne pas faire juste figure de pourvoyeur de réassort pour les ambassades et les ministères. « Il entreprend des changements radicaux, mais pas révolutionnaires, sans effets d’annonce. Il remet sur pied une vraie structure de production et transforme Sèvres en institution consciente du service public et redevable des fonds publics qui lui sont accordés », analyse le marchand Pierre Staudenmeyer.

Domaine de Sèvres ?
Les relations avec le musée voisin sont aussi plus cordiales que par le passé. « La situation est par essence compliquée, car les locaux sont imbriqués les uns dans les autres, explique Antoinette Fay-Hallé. Le musée a 3 700 m2, et la Manufacture, plus de 4 hectares. Nous manquons de place, mais jusqu’à présent j’avais été en face de gens qui ne voulaient pas d’une solution, qui jouaient au mort. Grâce à David Caméo, nous avons tout de même gagné 300 m2 au rez-de-chaussée du musée, mais il nous en faut plus. » Elle n’en cache pas moins ses craintes d’une annexion de son établissement par la Manufacture. Une sorte de domaine de Sèvres comme on parle du domaine de Versailles ?
Quoi qu’il en soit, David Caméo ne s’est pas jeté pour rien dans l’aventure de Sèvres. Institution régalienne par excellence, la Manufacture occupe un rôle important dans la mécanique du pouvoir. « C’est la proximité avec les ambassadeurs et le chef de l’État. Le directeur est quelqu’un qui rencontre le président. Il peut dire à son ministre “le Président a dit que” », relève un familier. Ce poste bouclerait-il un parcours politique pour mieux en ouvrir un autre… tout aussi politique ?

David Caméo en dates

1953 Naissance à Angoulême (Charente). 1982 Chef du département des relations extérieures à la délégation aux Arts plastiques (DAP). 1994 Chef du département du soutien à la création et à la diffusion à la DAP. 1997 Conseiller technique de Catherine Trautmann. 2000 Conseiller technique de Catherine Tasca. 2001 Conseiller technique pour la culture de Lionel Jospin. 2003 Directeur de la Manufacture nationale de Sèvres.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°223 du 21 octobre 2005, avec le titre suivant : David Caméo

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